Foofwa d’Imobilité « Faire couler cette liberté qui est dans le corps vers l’extérieur »

Propos recueillis par . Publié le 10/04/2019



Foofwa d’Imobilité dancewalk depuis 2015, autour de l’Opéra de Paris, dans les montagnes suisses, vers le bidonville de Soweto ou sur la place rouge de Moscou. Le chorégraphe appelle dancewalk ce mouvement de danse marchée qui pousse vers l’avant, traverse l’espace, et agglomère sur son passage des gens, des territoires, des histoires. Interprète pour le ballet de Stuttgart puis chez Merce Cunningham dans les années 1990, Foofwa d’Imobilité entame les dancerun en 2003 et recentre depuis peu son travail sur la dancewalk. On le rencontre la veille de la Dancewalk Matripoine à Neuchâtel en Suisse et avant son arrivée à la Biennale de danse du Val-de-Marne, où il prévoit une dancewalk de quatre jours intitulée Du vert sinon j’étouffe. Rencontre. 

La dancewalk, qu’est-ce que c’est ?

Au départ c’est un défi, à partir de cette question : qu’est-ce que ce serait de danser en avançant, en se déplaçant tout le temps ? Il y a cette idée du voyage, de penser un trajet marché-dansé en terme d’heures et de kilomètres. J’ai commencé par faire des dancerun, plus rapide, en courant. Et au bout d’un moment, pour que les gens puissent suivre, que ce soit plus flexible et moins furtif, l’idée de la dancewalk s’est développée. Le défi personnel de départ est devenu à partager, chaque fois dans un contexte différent, avec un intérêt pour le territoire, la culture, les gens présents ou passant. Plus les dancewalks ont avancé plus il y a eu cette sensation d’avancer en groupe, d’être une danse sociale, une danse forte où un message de liberté, de revendication de la personnalité de chacun.e devenait possible. Ça s’est fait peu à peu, comme un cours d’eau, au fil des rencontres et des projets. Et j’ai l’impression qu’il y a encore beaucoup à faire avec ce projet. 

Comment se prépare la Dancewalk Matripoine à Neuchâtel ? Tu peux m’expliquer son parcours, ses particularités ?

On essaie de trouver un angle, une couleur particulière avec chaque Dancewalk. Là avec Neuchâtel plusieurs sujets se rencontrent : le 1er mars c’est une marche populaire commémorative pour l’indépendance de la région en 1848. Je suis parti de cette idée de commémoration, de l’idée révolutionnaire qu’il y avait en Europe à cette époque. J’ai même décidé de revenir à la déclaration d’indépendance des Etats-Unis qui est un peu le premier document officiel sur l’indépendance et la séparation par rapport à un pouvoir, la couronne anglaise en l’occurence. C’est le premier texte où l’on dit que les humains devraient être, de manière inaliénable, égaux et libres. Puis je trouvais intéressant d’assortir cette idée de l’indépendance à une iconographie, La liberté guidant le peuple de Delacroix par exemple. Cette marche de Neuchâtel a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNECO du coup j’ai décidé d’appeler cette dancewalk « Matripoine ». Je sais que « matrimoine » existe, qu’une élue à Paris a proposé les journées transgenre du matripoine, et en regardant ça je me suis dit que ce serait intéressant d’imaginer le.la matripoine culturel.le immatériel.le et de tout questionner sous ce jour. « Matripoine » c’est intéressant parce que poïne en grec c’est l’esprit de la compensation, de la revanche ou de la vengeance, c’est un peu le féminin qui se dit ça suffit le patrimoine, avec un côté progressiste et féministe que l’on va essayer d’avoir à l’esprit. On sera huit, avec des danseur.euse.s locaux et on fait partie de six cent autres marcheuses et marcheurs. On essaie d’être avec eux, de les côtoyer tout en étant presque un spectacle, en dansant et en avançant. 

Tout ça ! 

Par rapport à ton parcours d’interprète et de chorégraphe, à quelle envie est venue répondre ce projet au moment où tu l’as entamé, je pense notamment à ce mouvement premier de sortir du studio pour danser dehors ?

Le défi physique est quelque chose qui m’a toujours intéressé. C’est ce que j’aimais dans la danse classique par exemple, j’aimais le sens du mouvement, le défi que représente l’exécution de doubles cabrioles ou de pirouettes. En dansant chez Cunningham aussi il y avait ce défi vraiment quotidien pour le corps, de lui donner de nouvelles coordinations, d’essayer d’être tout le temps dans la découverte, ce que j’adorais. Il proposait un enchaînement et sans tout comprendre tu y allais à ton tour, avec ce plaisir de se lancer dans l’espace du studio, d’essayer, de presque tomber, de te tromper, c’était génial ! Et ça tous les jours, donc il y n’y avait jamais le repos du guerrier. Ensuite quand j’ai commencé à faire des projets, j’aimais essayer différents défis, physiques ou plus conceptuels. Et la première fois où j’ai eu cette idée de Dancewalk c’est en voyant la séquence finale des 400 coups de Truffaut, où Jean-Pierre Léaud court sur la plage, il s’évade. Je réalise maintenant qu’il y a quelque chose de l’ordre de s’évader d’un carcan dans le projet, et donc quand je vois cette séquence, ce travelling où il court je me dit : et si ça, c’était dansé ? Voilà l’étincelle de départ. Et j’ai en fait commencé par la dancerun simplement parce qu’il courait dans le film, et parce que c’est encore plus bizarre et plus extrême de danser en courant que de danser à l’allure de la marche. Donc il y a au départ à la fois le défi et cette idée de sortir d’un carcan, des murs, tout d’un coup d’ouvrir l’espace de la danse d’une autre façon. 

Quelle est la place de la marche dans la dancewalk ?

Souvent les gens parlent simplement de « marche » à propos du projet mais ce n’est qu’un des référents, avec la danse, ce n’est jamais qu’une marche ce projet. Et c’est même le contraire de la marche je dirai. Je m’explique : c’est partir de ce constat que nous sommes des êtres bipèdes et interroger cette capacité d’être sur deux jambes et d’avancer. En prenant ce point de départ ça n’a rien à voir avec la marche mais tout à voir avec notre situation de bipèdes, donc la marche est une des possibilités seulement. Tellement de projets artistiques sont liés à la marche que j’ai presque envie de revendiquer que ce n’en est pas une, c’est à un autre endroit. 

Dans la Dancewalk il y a cette règle du jeu d’avancer tout le temps, comme si quelque chose vous poussez en avant, vous poussez à traverser l’espace ?

Je crois en effet qu’il y a une espère d’urgence qui est incluse dans le projet. Il y a des variations cependant, certaines dancewalks sont plus lentes, d’autres rapides, parfois on a des horaires à respecter aussi, ça change la donne. Néanmoins j’aime bien cette idée que l’on est tout le temps en déplacement. Il y a peut-être une pause à certains moments mais qui est presque comme une respiration, on ne s’assoit pas, on est juste en train de reprendre son élan. Cette espèce d’urgence c’est peut être aussi parce que j’ai envie que ça se démarque de la danse in situ, où l’on fait du lien avec l’architecture, avec l’environnement, or là au moment où quelque chose pourrait s’installer, on repart. À Sarajevo par exemple, un musicien nous attendait à certains endroits, il y avait une symbolique importante à certains passages, mais c’était une station pour quelques minutes et on repartait tout de suite. C’est vrai que ça pourrait paraître trop, sans arrêt, c’est un peu ma personnalité aussi, j’ai tendance à être tout sauf immobile, mais c’est aussi qu’une fois que tu dancewalk tu ne peux pas t’arrêter. Le plus naturel serait de s’arrêter de fatigue et j’ai voulu déjouer ça en ne voulant pas qu’il y ait de retour à la marche « normale ». Donc même quand je suis fatigué j’essaie de trouver des espèces de dancewalks qui peuvent calmer mes pulsations, mon rythme cardiaque, mais que ça reste de la danse en même temps.

Comment on dancewalk ? Comment tu transmets le principe au cours des ateliers lorsqu’un groupe est invité à faire un parcours avec toi par exemple ?

Bizarrement il y a quelque chose d’assez naturel dans la dancewalk. Dans les ateliers il y a des personnes de 5 à 85 ans. Au départ je demande à chacun.e de marcher, puis de choisir son espace, d’être conscient.e de si l’on va à droite, à gauche, si l’on tourne en rond, d’être attentif.ve à cette décision d’inscrire sa vie, son corps, son être dans l’espace qui est un vrai choix déjà, de l’ordre de la liberté. Et puis on écoute l’allure de soi, de son être. Donc en partant d’une marche on voit comment on peut s’inscrire dans l’espace et le temps de manière juste, en accord avec soi-même. Et c’est très important pour moi de rappeler que l’on est des êtres libres et responsables, et c’est notre choix premier dans ce cadre de marcher et d’avancer. Et de se demander quels choix on fait, comment on s’inscrit par rapport aux autres… Et peu à peu on sent le corps avec ses fatigues, ses énergies et la marche ne peut plus être « normale ». Dans la vie il y a une normalisation de la marche, tu dois te tenir. Si quelqu’un ne se tient pas bien dans la rue, tout le monde le regarde. La marche « normale » on l’accepte et le reste est anormal voire suspect. Et là, dans cet espèce de refuge qui est un studio de danse, on essaye de lâcher, de faire comme on le sent. On est des êtres changeants, des organismes sentant, vivant, bougeant tout le temps et donc unique, à chaque instant. Peu à peu arrive cette marche que j’appelle « marchinale » parce que nourrie de mouvements parasites ou marginaux, que l’on accepte et qui deviennent une danse. De là découle une dancewalk, qui ne paraît pas si étrangère finalement et où, au contraire, c’est la marche « normale » qui devient étrange. Et après d’autres exercices où j’encourage les gens à dancewalker comme ils le sentent à chaque moment, au final 5 ans, 85 ans peu importe, tout le monde se dit je peux dancewalker, voilà ma dancewalk, c’est moi. 

Comment le mouvement se nourrit, se régénère, où est-ce que ça puise pour continuer à avancer ?

Cette source est dans notre créativité, notre liberté, notre sensibilité à tout instant. Comme dans l’improvisation, mais dans la Dancewalk il y a moins l’idée de rendre beau, de chorégraphier avec une structure. On laisse aller, ce qui n’empêche pas l’apparition de notre culture de gestes, que l’on a tous et toutes, mais avec la dancewalk on laisse des choses partir qui sont de l’ordre de la tenue, de la civilisation. Peu à peu la voix vient aussi, presque naturellement. Ça c’est la source première. Ensuite il y a aussi ce que j’appelle les « paramétriques » : changer d’orientation, marcher en diagonale, de côté, et tout d’un coup d’autres possibilités, une nouvelle coordination. Se laisser aller à danser, jouer avec son corps dans cette situation ça devient la dancewalk, une marche dansée avec des paramètres chorégraphiques qui changent, qui renouvellent la situation, réinteressent ton corps et ton esprit et te lancent sur de nouvelles possibilités d’avancer sur tes deux jambes. En jouant comme le ferait un enfant, il y a tout d’un coup mille possibilités qui donnent envie d’explorer. Puis il y a aussi l’environnement, s’inspirer de l’énergie générale, de la luminosité, de l’architecture, des gens, du rythme… Tout ça alimente, insuffle quelque chose. Des gens qui font parfois un seul atelier dancewalkent ensuite quinze kilomètres sans s’en rendre compte !

Au fil des dancewalks il y aussi un aspect politique qui semble prendre une part importante, politique au sens de prendre la liberté d’inscrire son corps dans l’espace public.

Intrinsèquement j’ai l’impression que la danse est déjà un acte de libération par rapport à notre corps utilitaire, par rapport à la pesanteur des choses. Et comme la Dancewalk est dehors, publique, ouverte à quiconque pourrait nous croiser, sans billet d’entrée, dancewalker c’est presque dire : voilà c’est ma danse, et voilà la danse de quelqu’un d’autre, ce n’est pas la même, on peut revendiquer notre unicité. Dès le départ je savais qu’il y avait quelque chose de politique dans ce sens là. Après c’est vrai que j’aime bien, selon les contextes, chercher si on peut de manière symbolique, chorégraphique, souligner des aspects d’ordre social, politique, mais sans que ça devienne trop lourd. On s’éloigne du côté « ils sont contents de danser, c’est mignon ! » Non, là il y a un petit aspect… pas forcément provocateur mais la revendication d’être assez libre pour pouvoir faire couler cette liberté qui est dans le corps de manière un peu plus forte vers l’extérieur. Comme si on prenait un mégaphone pour le dire vraiment : on est ces corps qui prennent une certaine liberté, et on le déclare aussi. 

Les dancewalks s’inscrivent dans un projet plus vaste de la compagnie Neopost Foofwa qui s’intitule GLocal, qu’est-ce que c’est ?

La compagnie a un subventionnement sur trois ans pour lequel on doit présenter un projet, ce qui nous permet de nous concentrer, pendant trois ans, sur une problématique qui irrigue les créations. GLocal c’est notre projet 2018-2020, avec cette idée de questionner le global et le local, de se demander comment être avec les autres, comment on tourne en tant que compagnie, comment on se rend dans un pays, en Afrique par exemple, est-ce que c’est d’une manière néo-coloniale ? Est-ce qu’on y passe du temps ? Beaucoup de questions éthiques sur ce que c’est de tourner. Il fallait donc créer des projets artistiques qui aient une perméabilité par rapport à ces questionnement là, pour pouvoir passer du temps sur place, ouvrir un dialogue avec les structures d’accueil, les gens rencontrés. La dancewalk a inspiré une façon de tourner : en dialogue, en incluant les gens qui vivent là, en engageant parfois des danseur.euse.s local.e.s, donc en participant à une certaine économie et surtout en porosité avec le contexte.

Qu’est-ce que chaque dancewalk crée comme relation à l’environnement traversé ?

Il y a par exemple plusieurs types de spectatrices et spectateurs de la dancewalk. Il y a celles et ceux qui ont été convoqués et viennent comme ils iraient au théâtre, parfois dancewalkent avec nous, et il y a aussi les gens qui ne savent pas ce qui se passe et nous rencontrent, les spectateur.ice.s accidentel.le.s. J’adore ce côté où certain.e.s voient ça une seconde, d’autres une minute, et sont confrontés à une performance pendant ce temps-là. J’adore aussi cet endroit où un.e spectateur.ice devient acteur.ice, va dire ou faire quelque chose et se frotte à la proposition, ça c’est intéressant. Il faut laisser une ouverture au moment, à la surprise, aux piétons qui passent et avec qui tu danses… Cette friction entre l’art et la réalité c’est un dialogue constant. Un dialogue aussi avec ces décors à plusieurs millions que l’on traverse à chaque fois, demain ce sera des montagnes, c’est incroyable quand on y pense ! Friction aussi avec le temps qu’il fait, la pluie, la neige, faire avec tout ça. Autant de choses qui vont peut être donner des idées de mouvements. Ce dialogue est toujours ouvert et en même temps on tient quelque chose, si l’on était dans l’écoute du moment uniquement on ne ferait peut-être pas vingt-deux kilomètres. Il y a quand même un cadre conceptuel et artistique annoncé. On amène quelque chose, tout en restant ouvert aux accidents, l’interaction est constante au final. Lors de la Dancewalk Mai 2068 à Paris au printemps 2018 par exemple, j’ai eu l’impression de vivre plusieurs vies en même temps, de voir un film avec mille images et mille situations pendant ces six heures de dancewalk que l’on a faites. On est shootés de vie, on sent le corps tellement fort avec l’énergie, la fatigue, tout est plus intense, c’est jouissif !

À quoi ressemble le travail de préparation, pour dancewalk qui arrive à Paris, Du vert sinon j’étouffe par exemple ?

Toute la préparation, la mise en place du projet et la définition de ses spécificités c’est aussi très beau. Parce qu’il faut mettre plusieurs partenaires à la même table déjà. Pour cette dancewalk qui a lieu pendant la Biennale de danse du Val-de-Marne on s’est retrouvés à cinq ou six différents partenaires maires, structures, à parler ensemble d’un projet artistique. La proposition était de faire les six ou huit kilomètres à l’endroit de la Tégéval, coulée verte entre Créteil et Santeny. Toute cette zone faisait partie d’une ligne ferroviaire plus longue, qui reliait des serres de fleurs cultivées à Mandres-les-Roses aux Halles de Paris, où les fleurs étaient envoyées par train. C’était une voie de passage avec un lien à la nature et à sa marchandisation, qui allait de Paris-Bastille à Villecresnes sur un tronçon bien plus grand que la coulée verte actuelle. Je me suis dit que l’on devait faire le tout, tout le trajet. Pour signifier que ça devrait être une coulée verte entièrement. À un moment on sera dans le traffic, dans l’horreur de la ville, et on propose de dessiner ce qui pourrait être autrement. On fait donc quatre dancewalks en tout, une par jour entre le 10 et le 13 avril, retransmises en direct sur facebook, avec des participant.e.s qui dancewalkent avec nous le 13 et des propositions en rapport avec l’écologie, le rapport des citadins au vert et à la nature. Sur ce dernier tronçon même des gens à mobilité réduite peuvent faire le chemin parce que sur ce Tégéval il y a de petits chemins aménagés avec une surface assez lisse. Ce parcours est comme une balade en forêt mais accessible, ce dont je me réjouis beaucoup. 

Tu es aussi souvent accompagné par Gregory Batardon qui filme les dancewalks et fait le parcours, est-ce que c’est l’idée de trouver une façon de partager le moment, un désir de garder trace des projets au fil du temps ?

La première idée c’est que chaque dancewalk est unique avec son lot d’accidents uniques, qui ne se répéteront jamais, donc je trouvais ça important d’avoir un témoignage. D’ailleurs ça a commencé avec les danceruns, Pascal Dupoy les a filmées presque toutes, en rollers. Peu à peu je me suis rendu compte que la façon dont filmait Grégory, étant lui-même ancien danseur, était chorégraphique, ça devenait des duos parfois. On peut vivre la dancewalk en vrai et la revoir juste après par le biais de la caméra et la vivre de manière renouvelée. Et ça donne une bonne idée de la performance via l’image partagée en direct aussi. 

A partir de là comment est arrivée l’idée de faire la pièce Retroperspective qui utilise en grande partie cette matière vidéo ?

Dans le cadre du subventionnement de la compagnie je devais présenter le projet Dancewalk donc je me suis dit qu’il faudrait un film à présenter dans ce cadre, et pourquoi pas avoir quelqu’un présent aussi sur scène. Mais on me voit déjà beaucoup dans les vidéos, ça allait être insupportable, donc j’ai proposé à une danseuse, ça a été très rapide, on a fait ça en deux jours pour la présentation du projet. Je l’ai laissé improviser la dancewalk sur scène parfois en lien avec l’image, parfois pas. Ça fonctionnait et le jury des Swiss dance days a vu ça et s’est dit que le projet c’était l’occasion de montrer les dancewalks à des programmateur.ice.s. j’ai dit oui en précisant que l’on avait fait ça très vite et que je souhaitais le repenser, donc on a retravaillé avec la danseuse Alizée Sourbé. Je trouvais intéressant qu’elle fasse le contraire de ce voyage donc un minimum de déplacement. Elle dancewalke sur place, en disant un texte pendant une heure, c’est une performance défi pour elle aussi, et on voit à l’image les dancewalks passées. Je voulais un peu que l’on voit la dancewalk dans son squelette, très kinesthésique, assez précis dans la coordination, de manière plus claire. Ça c’est développé comme ça et va encore évoluer. 

Où est-ce que tu rêverais de dancewalker ?

J’aimerais faire un vrai marathon en dansant, une compétition, je ne sais pas si ça serait intéressant mais j’aimerais bien ! Ou alors dans le même esprit faire le trajet original du soldat Philippidès, célèbre pour avoir couru d’Athènes à Marathon lors de la guerre contre les Perses. Sur les pas de l’histoire il y a aussi cet acteur anglais, William Kempe, qui en 1600 a dansé de Londres à Norwich, prévoyant neuf jours mais qui a mis quatre semaines en tout. Je vais à Londres pour prendre des contacts voir si ça intéresserait des gens, ça fait environ 180 kilomètres. On va faire le canton du Valais aussi, 200 kilomètres du glacier du Rhône au Lac Léman, ce qui est déjà une bonne nouvelle étape, en neuf jours. On ne sait pas si on peut le faire d’ailleurs, c’est ça qui est intéressant aussi ! Je vais tout faire pour, mais c’est pas mal aussi de se lancer dans un projet sans savoir si ça va être physiquement réalisable.

Retrosperspective, vu à Lausanne pendant les Swiss Dance Days. Dancewalk Du vert sinon j’étouffe, du 10 au 13 avril 2019, dans le cadre de la 20e Biennale de danse du Val-de-Marne. Photo © Gregory Batardon.


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