Mourad Merzouki « Apporter une reconnaissance à la danse hip-hop »

Propos recueillis par . Publié le 06/08/2018



Les Centres Chorégraphiques Nationaux (CCN) sont des institutions culturelles françaises créées au début des années 1980. Ces lieux dédiés à la danse, dont les missions comprennent création, diffusion et transmission sont dirigés par des artistes. Le projet de chacun des 19 CCN du territoire est sans nul doute le reflet d’une ligne de conduite transversale, mêlant préoccupations esthétiques, sociales, curatoriales et politiques. Plusieurs de ces chorégraphes-directeur.trice.s se sont prêté.e.s au jeu des questions réponses. Ici le chorégraphe Mourad Merzouki, directeur du CCN de Créteil et du Val-de-Marne depuis juin 2009.

Qu’est-ce qui vous a motivé à prendre la direction du CCN de Créteil et du Val-de-Marne ?

Prendre la direction d’un Centre Chorégraphique National assure des conditions de travail optimales pour créer ses spectacles. Les moyens auxquels donne accès cette institution permettent réellement de passer une étape dans la vie d’une compagnie. Par ailleurs, ma candidature au CCN de Créteil avait du sens par rapport aux liens tissés avec la Maison des Arts depuis plusieurs années, qui soutenait notamment mes créations.

Quels sont les plus grands défis lorsqu’on dirige un CCN ?

Le plus grand défi selon moi est de multiplier les casquettes, d’être à l’endroit de créateur, de passeur, d’accompagnateur. Il faut arriver à mener à bien, à valoriser et à rendre transversales toutes les missions attribuées à un CCN, réussir à être à tous les endroits à la fois, à partager l’outil, être en harmonie avec les partenaires publics.

Quelles sont les particularités de votre CCN ? Quelles sont ses ambitions ?

La première particularité de ce Centre Chorégraphique est géographique : c’est le seul en Île-de-France. D’autre part, c’est un CCN qui rayonne dans le monde, tout en restant attaché au local. C’est une double position qui me tient à coeur. Enfin, le CCN de Créteil organise l’un des plus grands festivals de danse hip-hop en France. Je suis fier de son évolution en quelques années. Son action, notamment donner une fenêtre de visibilité à des compagnies de danse hip-hop sur le territoire francilien, est une extension logique des missions de ce CCN, en soutien aux artistes.

Sur le plan artistique, quelles dynamiques souhaitez-vous donner à votre CCN ?

Mon plan a toujours été d’apporter une reconnaissance à la danse hip-hop, née dans la rue, auprès du plus grand nombre, et de la faire évoluer en l’ouvrant à d’autres esthétiques. Je suis intimement convaincu que l’on grandit dans la rencontre avec l’autre. C’est ce qui guide mon projet artistique.

À vos yeux, depuis leurs créations au début des années 80, comment ont évolué les CCN ? Quels sont leurs enjeux aujourd’hui ?

Depuis la création des CCN, il y a une attente grandissante par rapport au travail mené sur leurs territoires respectifs. Aujourd’hui il est nécessaire de travailler avec les publics locaux. Les CCN s’ouvrent de plus en plus, ils sont des lieux de partage, y compris avec d’autres artistes. Cette ouverture se fait depuis quelques années, mais elle est encore un enjeu aujourd’hui : à la fois améliorer l’accompagnement des artistes accueillis, et améliorer les relations aux publics, s’ouvrir à un public qu’il faut aller chercher.

Quels enjeux de la danse voulez-vous défendre aujourd’hui ?

Aujourd’hui je veux continuer à soutenir cet art car il a un réel impact dans la société. L’émotion, la danse créent du lien entre les gens, c’est un langage universel, un outil de communication puissant qui transcende les barrières. Elle décloisonne. Et je pense qu’il faut continuer de décloisonner. Il faut aussi continuer de nourrir sa diversité, la danse peut être divertissante ou engagée, chacun a son parcours singulier et chacun a sa place.

Photo © Michel Cavalca


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