Photo Phia Menard

Belle d’Hier, Phia Ménard

Par Wilson Le Personnic

Publié le 9 octobre 2015

La transformation plastique et physique est au cœur de la recherche de Phia Ménard, qui explore depuis plusieurs années l’instabilité des matières et des identités. Dans Belle d’Hier, nouvelle création de la cie Non Nova, elle imagine une procession de cinq jeunes femmes aux allures de princesses guerrières, figures en tension entre codes hérités et désirs d’émancipation. Sous-jacente dans l’ensemble de ses dernières créations, la question du genre, propre à l’auteure, s’efface ici dans une histoire collective, un soulèvement silencieux.

Les interprètes, dans une marche cadencée et silencieuse, s’affairent à construire puis déconstruire une scénographie évolutive, faite de matériaux frigorifiés. Surgies d’une chambre froide, une vingtaine de sculptures de tissus gelés, entre cadavres et totems, forment un paysage de ruines. Peu à peu, sous l’effet de la chaleur, les silhouettes se désagrègent, suggérant l’érosion d’un monde ancien. Dans un rituel hiérarchisé, les carapaces seront démontées, lavées, battues, suspendues, avant que les corps, eux aussi, ne disparaissent dans un épais brouillard.

Belle d’Hier met en scène une lutte souterraine, viscérale, contre les mythes fondateurs qui assignent les femmes à la passivité et au sacrifice. Dans un ballet rageur où la violence répond à l’effondrement des icônes, les princesses d’hier deviennent les ouvrières du grand nettoyage. Elles frappent, essorent, suspendent les lambeaux d’un monde ancien, dans une mécanique répétitive et harassante. La scène se transforme alors en usine infernale, véritable fabrique de résistances, où gestes de lessive et gestes de révolte se confondent.

Dans la continuité de ses précédentes pièces (P.P.P. et Vortex), Phia Ménard poursuit son exploration de la plasticité instable des éléments, s’inscrivant dans une recherche sur les mutations des formes et des récits. Belle d’Hier, premier volet du nouveau cycle I.C.E. (Pièces d’eau et de vapeur), développe une esthétique à la beauté brute et dérangeante. Belle d’Hier tente d’inventer un autre rapport aux récits fondateurs, quitte à se perdre dans l’âpreté de sa propre rage, comme un manifeste inachevé mais nécessaire.

Vu au Théâtre de la Ville à Paris. Idée originale et scénographie Phia Ménard, dramaturgie et mise en scène Phia Ménard et Jean-Luc Beaujault. Compositon sonore Ivan Roussel. Lumière Alice Rüest. Photo Jean-­Luc Beaujault.