
Alina Bilokon & Léa Rault, TYJ
Publié le 10 septembre 2015
Primée en juin dernier au concours Danse élargie organisé par le Théâtre de la Ville à Paris et le Musée de la danse à Rennes, TYJ réunit Alina Bilokon, Léa Rault et Jérémy Rouault dans une pièce à la structure singulière. Trois soli, trois présences en tension, un tissage de voix, de gestes et de sons à la recherche d’un endroit où se poser, où dire, où danser. Dans ce paysage mouvant, les frontières entre les rôles se brouillent, et la forme lyrique s’invente au fil des négociations.
Vous collaborez depuis plusieurs années. Retrouve-t-on un fil rouge dans vos différentes pièces ?
Léa Rault : C’est une question difficile, car spontanément on dirait non. Mais si l’on regarde Les unités minimes du sensible et Our Pop Song Will Never Be Popular, il y avait clairement une obsession partagée pour l’uniformité, pour le travail à l’unisson. Les unités... est une pièce où trois interprètes réalisent un seul et même geste pendant 30 minutes, dans une sorte de paysage vocal et lumineux en perpétuel glissement. Dans Our Pop Song..., on a travaillé à devenir un seul et même corps, malgré nos différences physiques. L’unisson, la symétrie, la synchronie étaient centrales. TYJ marque un tournant : on avait envie de chercher autrement, de cesser de fusionner, de nous autoriser à exister chacune dans notre singularité.
Qu’est-ce qui vous a poussées à tisser ensemble vos recherches individuelles ?
Léa Rault : On avait toutes les deux envie de travailler ensemble à nouveau, mais sans nécessairement faire un duo.TYJ s’est conçu comme un espace à trois où chacun·e a pu poursuivre sa propre exploration tout en contribuant à un ensemble cohérent. Ce qui nous liait, c’était un même goût pour la juxtaposition du texte, de la musique et du mouvement, sans format préétabli. On voulait que ces éléments cohabitent librement, sans chercher à les faire converger de force.
Vous partagez la scène avec le musicien Jérémy Rouault. Comment sa présence a-t-elle influencé l’écriture des solos et des duos ?
Alina Bilokon : Jérémy est impliqué à tous les niveaux de la création. Il n’est pas là seulement en tant que musicien, mais en tant que partenaire de jeu. Dans TYJ, chaque solo est « accompagné", par un musicien, par un autre corps, par un dispositif. Cela crée une dynamique d’attention mutuelle, où l’autre rend visible ce que le soliste tente.L’accompagnement musical n’est pas illustratif, il participe pleinement à l’expérience perceptive. Il souligne, soutient, contredit parfois.
Vous signez aussi les textes de TYJ. Comment s’est articulé ce travail vocal avec la recherche physique ?
Alina Bilokon : TYJ est pour nous un tissage où le texte, le son et le mouvement sont trois lignes qui s’entrelacent.Parfois, le texte est venu en premier, posant une ambiance ou une image à traduire en danse. D’autres fois, c’est un motif chorégraphique qui a appelé une parole. Et puis, la musique est venue s’intriguer dans ces maillages. On ne s’est jamais imposé une méthode linéaire. Tout s’est défini par des négociations sensibles, par des choix circonstanciés à chaque situation de plateau.
Derrière le titre TYJ, il y a une forme d’énigme. Que signifie-t-il ?
Léa Rault : TYJ est une onomatopée ukrainienne qu’Alina a partagée avec nous. C’est le bruit sec d’un choc, d’un impact. On aimait cette idée d’un titre à la fois physique et abscons, qui laisse place à l’interprétation.
Vu au Théâtre des Abbesses. Photo Lise Gaudaire.