
Fabien Prioville, The Smartphone project
Publié le 3 décembre 2015
Avec The Smartphone Project, Fabien Prioville renverse les codes du spectacle vivant. Plutôt que de demander au public d’éteindre son téléphone, il l’invite à le garder allumé, et même à s’en servir activement. Ce projet chorégraphique connecté, à la frontière entre danse, théâtre et performance interactive, interroge notre rapport à la technologie et bouscule les rôles traditionnels sur scène. Rencontre avec un chorégraphe qui ose remettre en jeu les formats, les outils et les frontières du spectateur.
Peux-tu revenir sur la genèse de The Smartphone Project ?
Aujourd’hui, les smartphones sont devenus une véritable extension du corps humain, présents dans tous les milieux sociaux. Leur intégration dans notre quotidien modifie profondément notre manière d’interagir. Il m’a donc semblé évident de réfléchir à une forme chorégraphique où l’humain continuerait de dialoguer avec cet objet, dans un contexte, le théâtre, qui d’habitude en interdit l’usage. J’ai aussi voulu interroger la place du public dans le spectacle vivant. En général, les spectateurs sont les mêmes, souvent des initiés à la danse contemporaine. Le smartphone, outil universel et démocratisé, peut devenir un pont vers un public plus large, qui ne se sent pas toujours concerné par ce type de proposition artistique.
Dans une de tes précédentes pièces, tu utilisais déjà Skype comme médium chorégraphique. Qu’est-ce qui te pousse à explorer ces technologies de communication ?
Ces technologies font partie de notre quotidien. Ce sont des outils que tout le monde connaît et utilise, et c’est justement ce qui m’intéresse : leur accessibilité. Contrairement à certains logiciels développés spécifiquement pour la scène, Skype ou les smartphones n’ont pas été pensés pour l’art. Ce sont des outils « bruts », détournés de leur fonction première. Cela me pousse à réinventer la manière de concevoir la danse, à chercher des formes inédites et à explorer une interactivité réelle entre scène et spectateur.
Dans The Smartphone Project, tu invites les spectateurs à sortir de leur position passive : ils peuvent monter sur scène, voter pour un morceau, choisir un costume… Quels enjeux soulèves-tu avec ces rôles actifs ?
L’idée était de bousculer la position traditionnelle du spectateur. Tu commences le spectacle comme d’habitude, assis dans la salle, puis petit à petit ton téléphone devient un outil de connexion directe avec les danseurs. Je voulais recréer ce moment très intime où l’on plonge dans son écran, ce « focus » qui coupe le monde autour. Sauf qu’ici, ce focus te rapproche de la scène au lieu de t’en éloigner. Le spectateur devient complice, co-auteur, parfois même moteur de ce qui se passe. Cela crée un rapport beaucoup plus vivant, mouvant, ludique… mais aussi critique, car on y interroge la place que ces technologies prennent dans nos vies.
Vu au Théâtre de Vanves. Photo Bearbeitet.