SunBengSitting, Simon Mayer

SunBengSitting, Simon Mayer ​

Propos recueillis par François Maurisse & Wilson Le Personnic

Depuis plusieurs années, Simon Mayer trace un sillon singulier dans le paysage chorégraphique européen, entre danse contemporaine, folklore autrichien et expérimentations sonores. Formé à l’École du Ballet de l’Opéra national de Vienne puis à P.A.R.T.S. à Bruxelles, l’artiste autrichien, également musicien et chanteur, développe une œuvre hybride, ancrée dans une tradition revisitée avec humour et radicalité. Après avoir présenté Sons of Sissy l’an dernier au CND de Pantin, il y revient dans le cadre du festival Camping pour un solo saisissant : SunBengSitting.

Dès l’entrée dans la salle, l’odeur de palo santo et d’encens installe un climat immersif. Les premières minutes de la pièce s'écoulent dans le noir total. Peu à peu, le silence est brisé par des bruissements d'oiseaux, des chants d'insecte, les craquements du bois, transportant le public loin de la ville, au coeur d’une campagne ou d’une forêt un soir d’été. Petit à petit, l’obscurité s’éclaircit et révèle Simon Mayer, nu, debout au centre d’un plateau vide.

Avec cette pièce, l’artiste autrichien revient aux racines de son territoire natal (la Haute-Autriche), dont il extrait gestes, sons et symboles, qu’il met à nu pour en explorer la charge rituelle autant que la part absurde. Épuré de tout élément superflu, SunBengSitting devient un espace d’expérimentation sensorielle, où la performance est aussi sonore que physique. Le chorégraphe compose en direct la bande sonore du spectacle : les sons produits sur le plateau, pas au sol, bois scié, cordes de violon, claquements de fouet, sont captés, samplés et remixés en temps réel.

Ce dispositif rend tangible une forme de synesthésie entre geste, son et mémoire. À l’exemple du schuhplattler, danse masculine bavaroise faite de claquements et de frappes rythmées, que Mayer rejoue dans une version radicalement dépouillée. Nu, seul, en silence, il en livre une démonstration presque ascétique. Peu à peu, sa peau rougit sous l’effet des gifles. La répétition du mouvement, jusqu’à l’épuisement, devient une manière d’éprouver l’histoire sur son propre corps.

Comme dans Sons of Sissy, Simon Mayer décortique les codes et les signes d’une masculinité traditionnelle, pour mieux en révéler la porosité. Rituels, folklore et références rurales sont ici revisités avec humour et distance, mais sans cynisme. Dans une ultime séquence, l’artiste scie, cloue, visse et construit son sunbeng, ce banc de bois rudimentaire que l’on retrouve devant certaines maisons en Autriche, sur lequel il finit par s’asseoir, dans un geste de repos simple et émouvant.

À la fois rite de passage, concert bricolé et autoportrait chorégraphique, SunBengSitting puise dans les traditions pour en dégager une énergie profondément contemporaine. La pièce agit comme une séduisante pièce d'initiation, d'apprentissage, qui permet à l'artiste d'interroger sa propre filiation et sa relation au territoire d'où il vient.

Vu au Théâtre du Fil de l’eau à Pantin. Photo Gerhard F. Ludwig.