
Polices! Rachid Ouramdane
Publié le 30 mars 2015
Dans sa précédente création Sfumato, réflexion sur le déplacement et l’exil, Rachid Ouramdane s’emparait de la parole des réfugiés climatiques et inondait le plateau d’une pluie torrentielle. Avec POLICES!, le chorégraphe renoue avec la matière politique du réel en retrouvant l’écrivaine Sonia Chiambretto et offre une traversée sensorielle puissante du texte de l’auteure, oscillant entre gravité et poésie.
Sonia Chiambretto n’est pas inconnue des plateaux : le metteur en scène Hubert Colas a déjà adapté plusieurs de ses textes, dont Mon képi blanc, Zone éducation prioritaire et Gratte-ciel. À travers une écriture nourrie d’archives et de témoignages, elle sonde les fractures entre citoyens et forces de l’ordre. Son livre POLICES! entremêle récits personnels, documents historiques, procès Papon et mémoire du massacre du 17 octobre 1961.
Dessiné par Sallahdyn Khatir, scénographe remarqué chez Claude Régy, le décor est traversé par une foule en costume bleu, véritable marée humaine qui façonne l’espace scénique. En combinaison orange, comme des prisonniers en fuite, quatre danseurs professionnels guident une communauté de figurants recrutés localement, multipliant les allégories : parade, légion, cortège funèbre, foule insurgée. Le plateau devient carrefour de résistances, entre ordre imposé et désordre naissant.
De part et d’autre, des magnétophones activent des enregistrements sonores, archives fragiles bruissant d’histoires enfouies. POLICES! se construit en une succession de tableaux mouvants, où les textes enregistrés croisent une partition sonore live, portée par une chorale d’enfants. La polyphonie des voix et des corps compose une fresque fragmentaire, résonnant comme un chœur citoyen face aux violences de l’histoire.
Avec POLICES!, Rachid Ouramdane continue d’explorer les possibles entre documentaire et danse, entre intime et collectif. À partir du texte de Sonia Chiambretto, il érige une œuvre chorégraphique à la fois radicale et sensible, où la réalité brute devient matière poétique. À travers cette création dense et nécessaire, il interroge avec force nos libertés, nos mémoires et nos résistances contemporaines.
Vu à l'Apostrophe. Photo Patrick Imbert.