Alban Richard, au croisement du geste et du chant médiéval

Alban Richard, au croisement du geste et du chant médiéval ​

Propos recueillis par Wilson Le Personnic

Depuis maintenant une quinzaine d’années, le chorégraphe Alban Richard, désormais directeur du Centre chorégraphique national de Caen en Normandie, explore les répertoires de compositeurs, aussi bien contemporains que médiévaux, en renouvelant à chaque création les règles de son écriture chorégraphique. Du clavecin à la musique électronique, en passant par les percussions et le chant a cappella, chaque pièce propose une plongée singulière dans un dialogue entre sons et gestes, faisant de la musique une matière à danser, à sculpter, à éprouver. Son œuvre, aussi foisonnante que complexe, s’invente au croisement de structures rigoureuses et d’une grande liberté sensible.

Après avoir travaillé à partir d’iconographies médiévales dans sa dernière pièce Et mon cœur a vu à foison (2014), Alban Richard poursuit, avec Nombrer les étoiles (2016), sa recherche autour de cette période historique, en s’attachant cette fois aux écrits des troubadours et trouvères des XIIe et XIIIe siècles. Accompagné de trois musiciennes de l’ensemble de musique médiévale Alla francesca et de cinq danseurs, il donne vie à un répertoire musical où se croisent poèmes et mélodies de Jaufré Rudel, de la Comtesse de Die, de Thibaut de Champagne et de Guillaume de Machaut. Dans cette constellation de textes chantés, le souffle ancien de l’amour courtois devient la matière première d'une partition scénique délicate.

Dépouillé de tout décor, le plateau accueille par intermittence danseurs et musiciennes, dessinant un espace d’écoute et de circulation propice aux correspondances sensibles. Au-dessus d’eux, une constellation de petits projecteurs suspendus diffuse de douces auréoles lumineuses au sol. Intrinsèquement liée à l’écriture de la danse, la musique porte les déplacements des corps : chaque pas, chaque geste, chaque impulsion s’accorde au rythme des ballades médiévales. Malgré quelques apartés où le mouvement et le chant s'autonomisent, et un travail subtil sur le souffle amplifié des danseurs, l’écriture chorégraphique, au-delà de sa beauté formelle, peine parfois à se libérer d’une fonction illustrative, au risque de s’effacer derrière la partition musicale.

À la beauté froide et sobre, Nombrer les étoiles oppose une danse contenue qui peine à retrouver l’énergie communicative des pièces de groupe d’Alban Richard, parmi lesquelles les exaltants Pléiades (2011), HOK solo pour ensemble (2015) ou encore le fiévreux Boire les longs oublis (2012). La chorégraphie semble ici trop sage pour pleinement traduire les tensions souterraines de ces ballades médiévales. Il faut saluer cependant l'excellence des trois musiciennes de l'ensemble Alla francesca – Vivabiancaluna Biffi, Christel Boiron et Brigitte Lesne – qui parviennent, par la seule puissance de leurs voix et instruments anciens, à créer un espace onirique et suspendu dans lequel les cinq danseurs évoluent avec légèreté.

Vu au Théâtre 71 - scène nationale de Malakoff. Photo © Agathe Poupeney.