Nature in IRL (UNIVERSAL), Mårten Spångberg

Nature in IRL (UNIVERSAL), Mårten Spångberg ​

Propos recueillis par François Maurisse & Wilson Le Personnic

Figure indocile de la scène chorégraphique européenne, Mårten Spångberg s’est fait une spécialité de bousculer les formats et d’éreinter les conventions. Chorégraphe-performeur aussi théoricien, son œuvre oscille entre happening pop, manifeste conceptuel et lâcher-prise volontaire. Invité à la Ménagerie de Verre pour y présenter Nature in IRL (UNIVERSAL) dans le cadre des Inaccoutumés, il promettait une nouvelle fois un geste scénique déroutant, libre, peut-être radical. Mais à force de vouloir évacuer toute structure, c’est l’énergie même de la performance qui se dissipe.

Dès l’entrée, un désordre étudié s’impose. Des tubes pop résonnent à plein volume tandis que les sept interprètes, déjà sur scène, répètent frénétiquement des bribes de chorégraphies, dans une ambiance volontairement relâchée. Cartons, feuilles mortes, canettes vides, chips éventrées, perruches en carton plume suspendues au plafond : le plateau ressemble à un lendemain de fête post-étudiante. Les spectateurs sont invités à s’installer sur des couvertures au bord de la scène, intégrés à ce décor de fausse débauche.

Costumes bigarrés, visages maquillés, attitudes nonchalantes : la distribution évoque un casting de performance art passé par une friperie berlinoise. Les gestes, empruntés aux chorégraphies de clips 90’s, sont rejoués en boucle sur une playlist mainstream ultra-référencée, dans une esthétique MTV altérée. Les séquences se succèdent mais ne s’élèvent jamais vraiment : ce qui pourrait être énergie reste pure répétition, ce qui pourrait devenir critique se noie dans le clin d’œil.

Mårten Spångberg, en régisseur de son propre chaos, intervient ponctuellement : il lance un son de cartoon, partage une part de pizza fraichement livrée, vient s’essayer au karaoké. La frontière entre jeu et désengagement s’amenuise. Entre deux séquences, et parfois même pendant, les interprètes saluent et embrassent des connaissances dans le public, s’assoient, discutent et s’amusent avec eux, dans une sorte de connivence ambivalente qui vient déstabiliser les limites et le cadre de l’objet scénique : pour qui performent-ils ?

Si l’aspect débridé et je-m’en-foutiste du dispositif peut offrir un léger goût de liberté déconcertant dans un premier temps (la performance dure plus de trois heures), la solidité de l’objet finit par s’effriter rapidement et dévoile une vacuité embarrassante. Celle-ci semble être parfaitement assumée par un Mårten Spångberg omniprésent et souriant, contemplant, visiblement ravi de contempler son propre désordre.

Vu à la Ménagerie de verre. Photo Mårten Spångberg.