Mockumentary of a Contemporary Saviour, Wim Vandekeybus

Mockumentary of a Contemporary Saviour, Wim Vandekeybus ​

Propos recueillis par François Maurisse & Wilson Le Personnic

Figure incontournable de la danse flamande, Wim Vandekeybus présente à Paris deux spectacles qui se font face dans le miroir du temps : la recréation de son emblématique In Spite of Wishing and Wanting (1999) à La Villette, et Mockumentary of a Contemporary Saviour, sa toute dernière création, présentée pour la première fois en France au Centquatre-Paris. Dix-huit ans séparent ces deux œuvres, mais leur ADN commun est reconnaissable : une écriture du geste sous tension, des corps traversés par une énergie nerveuse, animale, qui reste la signature du chorégraphe. Avec Mockumentary of a Contemporary Saviour, Vandekeybus semble pourtant s’aventurer hors de son terrain de prédilection. Il troque la danse contre une narration de science-fiction, privilégiant le récit au détriment de la physicalité. Le plateau, transformé en huis clos énigmatique, convoque un imaginaire de bunker spatial : un cercle de lumière suspendu, des caissons lumineux sur les côtés, une atmosphère de surveillance permanente. Six personnages y cohabitent, bientôt rejoints par un nouvel arrivant qui bouleverse l’équilibre précaire du groupe. Le dispositif est ambitieux, le travail sonore soigné (fruit d’une collaboration avec l’Ircam), et le casting international intrigant. Mais la promesse de ce postulat dystopique ne tient pas sur la durée. Les dialogues, volontairement absurdes ou maladroits, peinent à installer une vraie tension. Malgré ce parti-pris d'apparence novateur, la mise en scène s'épuise souvent dans de longs passages étranges, burlesques et parfois embarrassants, nous laissant principalement un sentiment d'inachevé. Les séquences chorégraphiques se bornent souvent, quant à elles, à de l'anecdotique, là où les précédentes créations de Vandekeybus parvenait à déployer un univers gestuel riche et explosif. Après avoir ressuscité en 2013 What the Body Does Not Remember, son tout premier spectacle, Wim Vandekeybus poursuit l’exploration de son propre répertoire. Il sera de retour à Paris du 28 juin au 2 juillet à La Villette avec In Spite of Wishing and Wanting, pièce emblématique créée en 1999. À défaut d’avoir été pleinement convaincus par ce Mockumentary of a Contemporary Saviour, on se consolera avec cette valeur sûre, dont la force brute et l’inventivité scénique devraient aisément faire oublier la relative déception de sa dernière création. Vu au Centquatre-Paris. Photo Danny Willems.