b. c., janvier 1545, Fontainebleau, Christian Rizzo

b. c., janvier 1545, Fontainebleau, Christian Rizzo ​

Propos recueillis par Wilson Le Personnic

Créée en 2007 pour la danseuse Julie Guibert, b.c., janvier 1545, Fontainebleau s’inscrit dans une série de soli façonnés sur mesure par Christian Rizzo pour des interprètes singuliers : Skull cult pour Rachid Ouramdane, comme crâne comme culte pour Jean-Baptiste André ou Sakinan Göze çöp batar pour Kerem Gelebek. Rencontrée en 2004 lors de la création de ni fleurs, ni ford mustang pour le Ballet de Lyon, Julie Guibert devient rapidement l’une de ses muses, vue ensuite dans le bénéfice du doute (2012) ou ad noctum (2015). Avec elle, Rizzo façonne un solo d'une minutie extrême, où chaque geste semble ciseler l'espace.

Véritable boîte blanche aux allures d’écrin minimaliste, le décor de b.c., janvier 1545, Fontainebleau abrite des sculptures noires suspendues au-dessus d’un sol constellé de photophores. Les flammes vacillantes projettent sur les parois de subtiles ombres orangées, transformant le plateau en un paysage spectral. Sous le regard d’une figure masquée d’une tête de lapin, incarnation silencieuse du chorégraphe, Julie Guibert, d’abord allongée sur une table, met en marche une partition mystérieuse dont la signification restera volontairement insaisissable.

Habillée d’un costume noir et coiffée d’une résille moulant son crâne, la danseuse, juchée sur de vertigineux talons en acier, évolue dans l’espace avec une précision chirurgicale. Ses déplacements, tendus entre maîtrise et déséquilibre, composent une cartographie sensible entre les sculptures suspendues, où affleurent les motifs fétiches de Rizzo : sphères, plantes, fragments altérés. Tandis que la mystérieuse figure de l’homme-lapin réorganise l’espace, rassemblant peu à peu les bougies pour ériger un autel de lumière vacillante, la danse semble suspendue entre rituel et installation plastique.

Le silence initial se rompt progressivement sous l'assaut d’un paysage sonore saturé, composé par Gérôme Nox, fidèle compagnon de route de Rizzo. La matière sonore, granuleuse et oppressante, enveloppe la scène d’une tension sourde sans jamais troubler l’implacable avancée de la danseuse. Peu à peu, la scène se vide de ses éléments, opérant une bascule du sculptural vers le pictural, où ne subsistent que le geste, l’ombre et la vibration du temps.

Aux yeux de Christian Rizzo, b.c., janvier 1545, Fontainebleau demeure une œuvre charnière, l’une des plus abouties de son répertoire, quête d’une perfection du geste et d’un mystère jamais totalement élucidé. Rarement programmée depuis sa création, cette pièce précieuse continue de déployer, à chacune de ses apparitions, une aura d’étrangeté fascinante.

Vu aux Subsistances. Photo © Marc Domage.