Icon, Sidi Larbi Cherkaoui

Icon, Sidi Larbi Cherkaoui ​

Propos recueillis par François Maurisse & Wilson Le Personnic

Après Puz/zle à la Philharmonie de Paris à l’automne dernier, et la reprise de son Bolero au Palais Garnier, Sidi Larbi Cherkaoui est de retour à La Villette pour présenter Icon, sa dernière création, pour la première fois en France. Issue d’une seconde collaboration entre sa compagnie Eastman et les danseurs de l’Opéra de Göteborg (après Noetic en 2014), la pièce marque aussi les retrouvailles du chorégraphe flamand avec le plasticien britannique Antony Gormley, qui a déjà signé plusieurs de ses scénographies.

Sur le plateau, des plaques d’argile recouvrent partiellement le sol. À l’avant-scène, des centaines de figurines en terre cuite, évocation directe de la célèbre installation Field d’Antony Gormley, dessinent une foule silencieuse. En fond de scène, un tulle laisse entrevoir musiciens et chanteurs, qui diffusent une musique métissée, entre tradition orientale, voix liturgiques et pulsations contemporaines. Le décor est dépouillé, mais chargé d’attente. Une tension sourde s’installe.

Les danseurs entrent en mouvement comme un seul organisme. La chorégraphie fait circuler l’énergie, d’un geste à l’autre, d’un corps à l’autre, dans un langage fluide aux accents de flying low. Les appuis se partagent, les trajectoires se croisent, les élans se répondent. Des solos émergent parfois, mais c’est le groupe qui reste le cœur battant du spectacle.

L’argile devient très vite un partenaire à part entière. Elle colle aux corps, s’imprime sur la peau, se transforme en armures ou en fardeaux. Elle façonne des postures, des objets, des visions : une lapidation, une offrande, une métamorphose. À mesure que la matière s’épaissit, les corps se densifient, s’alourdissent, glissent vers un théâtre archaïque, presque mythologique.

La pièce se clôt sur la construction collective d’une figure géante. Un être de glaise, né des efforts communs, s’élève lentement, non pas triomphant, mais méditatif, accroupi comme un penseur silencieux. Ce final, puissant et ambigu, semble convoquer à la fois la naissance d’un mythe et l’épuisement d’une civilisation.

Avec Icon, Cherkaoui orchestre une fresque chorégraphique puissante, aux images saisissantes. Mais la beauté irréprochable des séquences peine cependant à offrir une consistance idéologique ou politique à l'ensemble de la pièce, mettant alors l'accent sur la simple maîtrise technique et la richesse ornementale, indéniablement séduisantes au vu de l'ovation offerte par le public parisien hier soir.

Vu à La Villette. Photo Mats Bäcker.