
Sexe symbole, Madeleine Fournier & Jonas Chéreau
Publié le 10 juin 2015
Madeleine Fournier et Jonas Chéreau se sont rencontrés en 2005 au CNDC d’Angers. Depuis leur première collaboration, ils creusent ensemble la matière des corps, explorant leurs possibles métamorphoses, leurs glissements d’identité et leurs déplacements de sens. Ils co-signent aujourd'hui Sexe symbole (pour approfondir le sens du terme), un duo sensible et joueur qui interroge la notion d’identité, de genre et de perception. Dans cette nouvelle création, ils poursuivent leur dialogue corporel avec la même curiosité des écarts et des zones de trouble.
Le plateau de Sexe symbole est une grande page blanche où tout reste à écrire, une surface vierge et immaculée sur laquelle Jonas Chéreau et Madeleine Fournier expérimentent les possibilités physiques et symboliques de leurs altérités. Camouflés derrière plusieurs couches de vêtements ou entièrement nus, les corps sexués s’estompent au profit d’une chair désincarnée : Jonas s’efface dans Madeleine, Madeleine s’efface dans Jonas. Ils cherchent des prises, se défient, s'enlacent, s'imbriquent, s'accordent dans une danse viscérale et joueuse, jusqu'à l'épuisement. La matière corporelle devient un terrain d’exploration infinie, entre fusion et résistance, entre perception immédiate et construction culturelle.
Lorsque le mouvement s’épuise, la parole prend le relais : un dialogue fragmenté entre les deux interprètes vient briser cette analogie silencieuse qui les unit. Leurs qualités sensitives divergent : la nudité devient source de chaleur tandis que les couches de vêtements provoquent une sensation de fraîcheur ; l’épiderme de l’un se heurte aux rugosités du plateau, tandis que la peau de l’autre goûte aux douceurs textiles. À travers cette écriture incarnée, Madeleine Fournier et Jonas Chéreau jonglent subtilement avec les genres, déplaçant les lignes de partage et révélant, au creux de cette expérience sensible, un corps multiple, insaisissable et sans hiérarchie.
Vu au CND à Pantin. Photo Tamara Seilman.