
Autointitulado, Cyriaque Villemaux & João dos Santos Martins
Publié le 26 mai 2016
Cyriaque Villemaux et João dos Santos Martins, formés à P.A.R.T.S et respectivement diplômés du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et du master exerce (sous la direction de Mathilde Monnier), co-signent et interprètent Autointitulado, un duo qui propose une traversée transversale de leur(s) histoire(s) de la danse à l’aune de leurs trajectoires individuelles et croisées. Revendiquant un héritage chorégraphique commun, le binôme franco-portugais s’embarque dans une exploration libre et facétieuse des empreintes gestuelles qui ont nourri leur formation, leurs voyages, leurs mémoires corporelles. Deux figures curieuses, dont les visages et les bras recouverts d’un maquillage blanc évoquent autant des masques antiques que des totems modernes, apparaissent l’une après l’autre sur le plateau. Cyriaque (t-shirt bleu) et João (t-shirt rouge) font face au public, se déchaussent lentement, puis entament une suite de mouvements à première vue abstraits. En solo ou en dialogue, ils dansent sur la rumeur urbaine et sous des projections vidéo d’images glanées lors de voyages estivaux : studios de danse délabrés, ruelles anonymes, végétation méditerranéenne. Progressivement, un sentiment de déjà-vu affleure dans ce tissage de séquences : les sauts d’un Sacre oublié, l’instabilité de _Self Unfinished_de Xavier Le Roy, un solo échappé d’un ballet de Forsythe… Sur fond de piano lointain ou de pulsations échappées d’un club, les deux danseurs composent un mashup chorégraphique élastique, brouillant les frontières entre culture savante et populaire. De l’index tendu d’E.T. aux poses effilées du voguing, des grimaces de Kazuo Ohno aux échappées du ballet classique, émerge un incroyable appétit du geste, révélant deux corps devenus porteurs d’un patrimoine kinesthésique mouvant. L’excursion s’achève en vidéo, par une déambulation dans les couloirs d'une école de danse (le Conservatoire de Vienne), ultime clin d’œil à l’apprentissage et à la transmission. Sur la scène blanche qu’ils auront arpentée avec une fougue précise, sous l’œil discret d’un portemanteau orphelin, Cyriaque Villemaux et João dos Santos Martins s’emparent de la mémoire chorégraphique pour mieux en déjouer l’autorité. Autointitulado trace ainsi un chemin d’émancipation : en découdre avec les fantômes, s’extraire des filiations, faire jaillir un geste neuf, délié de toute connotation affective ou savante. Un appel joyeux à renaître en mouvement, dans l'oubli fécond du passé.
Vu au Centre National de la Danse. Photo José Carlos Duarte.