War Sweet War, Jean Lambert-wild, Jean-Luc Therminarias, Stéphane Blanquet & Juha Marsalo

Par . Publié le 15/06/2015



Inspiré d’un étrange fait divers, Jean Lambert-wild s’unit dans ce travail à d’autres fortes personnalités pour construire de nouveaux codes de représentation théâtrale. Si Stéphane Blanquet apporte dans la scénographie toute la force de son univers visuel de plasticien, c’est aussi grâce aux compositions musicales de Jean-Luc Therminarias que le climat de haute tension est maintenu jusqu’à la fin. C’est également aux moyens d’outils chorégraphiques que les interprètes ont pu développer leur travail muet, dirigés par le chorégraphe et danseur finlandais Juha Marsalo. Le choc d’une telle fiction est indéniable.

L’imposant rideau métallique nous laisse peu à peu découvrir un espace sur deux niveaux, représentant chacun un même appartement dédoublé en deux temporalités. A entendre l’inquiétante bande sonore, on pressent dès le début l’imminence d’un drame. Bien rangé comme une maison de poupée à échelle humaine, le premier étage est gaiement décoré de l’unique message verbal de ce spectacle, suspendu sur le papier-peint rayé « home sweet home ». Une atmosphère douce-amère s’installe lentement : des rires lumineux d’enfants pénètrent les murs alors que le rez-de-chaussée est déjà hanté par de sombres revenants. C’est dans ces cloisons que l’horreur se joue et à l’intérieur desquelles le climat de guerre prend place.

Initialement vernie de ce bonheur artificiel, la cuisine abrite le désarroi d’un couple qui déguise leur infanticide en un anniversaire de rêve. Le moment venu, les mots tombent comme les masques et les jolies rayures au mur deviennent le décor d’une pénitence sordide. L’apparent « home sweet home » laisse place à la scène de « war sweet war ». La décoration édulcorée plonge dans des ténèbres acides et bientôt la détresse des personnages habite leur corps. C’est alors le début d’une descente aux enfers lors de laquelle la terreur se répand littéralement dans l’espace et  les corps, touchant notre propre état sensoriel de spectateur. Témoins de ce cauchemar latent, nous vivons alors l’effroi de ce couple sous l’emprise de la démence. Comme possédés par leurs propres démons, ils sont secoués de spasmes incontrôlables qui les rapprochent peu à peu à l’envers du miroir, au sinistre rez-de-chaussée.

Par le langage corporel et les signes visuels, Jean Lambert-wild souhaite réveiller en nous un sentiment profond de stupeur, tout en animant scéniquement l’innommable. Bien que la radicalité de spectacle cible un public averti, le défi est incroyablement réussi. Le choc des effets scéniques est habilement mené, et l’esthétique digne d’une peinture vivante rigoureusement construite. Dans l’intimité traditionnelle du théâtre, les images s’installent durablement dans nos mémoires en nous amenant vers un sentiment d’inconfort. Les mots se soustraient à l’alchimie picturale, chorégraphique et dramatique, alimentant jusqu’à la fin une tension terrifiante par l’impact visuel. En signifiant l’angoisse manifeste d’un foyer pour plus largement représenter celle de nos sociétés, cette fable contemporaine porte tout le sens d’une vision : celle d’un monde en guerre inconsciente.

Vu aux Célestins, Théâtre de Lyon, en corrélation avec le Théâtre Les Ateliers. De Jean Lambert-wild, Jean-Luc Therminarias, Stéphane Blanquet et Juha Marsalo. Dramaturgie : Jean Lambert-wild & Hervé Blutsch. Interprètes : Olga et Elena Budaeva & Pierre et Charles Pietri. Chorégraphie : Juha Marsalo. Musique : Jean-Luc Therminarias. Percussions : Jean-François Oliver. Lumière : Renaud Lagier. Costumes Annick Serret. Scénographie : Stéphane Blanquet & Jean Lambert-wild. Photo de Tristan Jeanne-Valès. 


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