La Ville, Rémy Barché

Par . Publié le 10/12/2014



Martin Crimp est un auteur contemporain anglais. La Ville est une pièce qu’il a écrite en 2008. Elle met en scène un jeune couple : Clair, traductrice et Christopher, qui travaille dans une entreprise en tant que cadre et qui perd subitement son travail.

On le ressent dès le début de la pièce : une tension et une incompréhension se sont insinuées au sein de ce couple. Le premier dialogue entre les deux personnages est interprété avec brio par Marion Barché et Alexandre Pallu. Silences, regards, hésitations, postures : loin d’évoquer un discours « naturel », tout est légèrement surjoué, décalé, mais avec avec une étonnante simplicité. Le jeu s’appuie et met en valeur la subtilité incisive et dérangeante des dialogues de Martin Crimp.

En arrière-plan – et en même temps intimement mêlées à cette vie de couple – transparaissent les noirceurs et les angoisses de la société dans laquelle ils vivent : guerre, crise économique , chômage, maladie… Ce sont de petites phrases, des banalités qui y font allusion et suggèrent leur absurdité.

Mais cette capacité d’évocation de l’écriture perd parfois de sa force. Certains effets de mise en scène (fumée, cris, bruitages) viennent interférer. Ils semblent superflus, même si leur visée est sans doute de souligner ce que le spectateur devine par instants et que Clair vient confirmer à la fin du spectacle : un certain éloignement de la réalité qui fait des protagonistes les personnages d’une fiction qu’elle crée – ou plutôt qu’elle tente vainement de créer car tout y est bancal, insensé. Cette question du basculement de la réalité à la fiction, de l’entremêlement et l’articulation entre les deux est cependant très bien mise en abîme et rendue perceptible dans ce spectacle. Ces êtres égarés, susceptibles de se laisser gagner soudainement par la violence et n’arrivant pas à communiquer entre eux sont-ils issus d’une fiction ratée et discordante ou d’un monde réel cruellement défaillant ?

Vu au Théâtre national de la Colline à Paris. De Martin Crimp, traduction de l’anglais Philippe Djian, mise en scène Rémy Barché, dramaturgie Adèle Chaniolleau, scénographie et lumières Nicolas Marie, costumes Marie La Rocca, son Michaël Schaller. Avec Marion Barché, Myrtille Bordier, Louise Dupuis, Alexandre Pallu. Photo de Elisabeth Carecchio.


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