Gabriel Da Costa « Avec ricci/forte, les répétitions sont très intenses »

Propos recueillis par . Publié le 21/03/2015



Trop rare en France, le duo italien ricci/forte présente sa nouvelle création Darling (hypothèses pour une Orestie) le 24 et 25 mars au Nouveau théâtre de Montreuil dans le cadre de la dixième édition du Festival Standard Idéal et du programme Hors-les-murs de la MC 93. Gabriel Da Costa, interprète de Darling et « petit nouveau de la bande »,  a accepté de revenir sur la genèse du projet et lève le voile, par la même occasion, sur le processus de création des deux italiens.

Comment avez-vous rencontré le duo ricci/forte ?

Il y a 5 ans je travaillais à Milan avec Emma Dante, et un des autres acteurs qui était dans le projet avec moi, Andrea Pizzalis, m’a proposé durant un jour de repos de venir le voir jouer à Turin. Je me suis retrouvé devant Macadamia Nut Brittle. Je ne savais rien de cette compagnie et de leur travail. J’ai accroché avec leur rapport au théâtre, hyper-actuel, leur esthétique. Il y a un an, j’ai vu que le CIFAS (l’équivalent belge de l’Afdas français) proposait un stage avec eux, j’ai tout de suite postulé. C’est durant ce stage que j’ai vraiment apprécié, au delà de tout résultat, leur démarche artistique, et la relation qu’ils installent avec leurs performeurs. À la fin du stage, ils m’ont proposé Darling.

Pouvez-vous nous parler de Darling ?

Imaginez qu’il y a eu un tsunami, qui a détruit votre maison, votre famille, tout ce que vous possédiez, jusqu’à votre société, votre comportement en société, votre manière passive de considérer la société, que feriez-vous? Voilà comment ils nous ont présenté le projet. Nous sommes quatre sur le plateau, portés par une vitalité désespérée, à essayer de raviver une flamme, à redonner du sens à nos actions, à croire encore au changement. A tenter de détruire pour reconstruire. A croire.

Comment se sont déroulés les étapes de travail ? Quels ont été les premiers matériaux proposés? Qu’est-ce qu’une journée type de répétition avec ricci/forte?

La base du projet est l’Orestie d’Eschyle : la mort des dieux et la naissance de l’homme juge de lui même et de ses actions, et la naissance de la démocratie. L’idée était de brasser cette matière pour trouver quelles résonances ces fondations ont aujourd’hui. Sur cette base, ils lancent des pistes de travail, on improvise dessus, on reprend, les choses se construisent ainsi, c’est un vrai travail d’écriture de plateau. Je dois dire que la période de recherche et répétitions a été pour moi la période la plus forte de ce projet, et je pense que le spectacle aujourd’hui transpire vraiment de ce mois de création. Nous avons répété au mois d’août dans le nord de l’Italie, au CSS à Udine. La ville est déserte en été! Et on travaillait tous les jours, on s’enfermait dans la salle. Le matin on travaillait avec Marco Angelili, qui occupe une place très importante dans le travail physique et corporel, et l’après-midi on travaillait sur différentes séquences, des improvisations, des tentatives. Les répétitions avec ricci/forte sont très intenses, parce qu’on vient chacun avec soi, sa vie, ses envies, ses colères, c’est notre outil de travail, notre matériel de jeu.

Pietro Bertora

À partir de là, on cherche, ensemble, avec nos individualités, à atteindre sur scène des instants où d’un coup, on s’accorde et on touche à un bout de notre monde, qui nous parle à tous. Et c’est aussi grâce à cette démarche de travail, qu’il y a réellement une connexion entre nous quatre acteurs. Je crois que c’est une obligation pour ce spectacle, il existe parce que sur le plateau on est ensembles, avec Anna, Giuseppe et Piersten, comme on dit en italien « ci vogliamo bene! ». Ah! et pour ce spectacle, il y a un cinquième partenaire, qui n’est pas habituel chez ricci/forte : un décor! Et un décor plutôt imposant, puisque c’est un vrai container. Lui aussi et là depuis le début… Il est vraiment un partenaire, on se confronte à lui durant tout le spectacle. Je crois qu’on le déteste tous, et on le lui fait savoir.

Comme souvent dans les performances de ricci/forte, le corps des interprètes est mit à rude épreuve…

Ce spectacle ne déroge pas à la règle! On a l’impression durant le spectacle de mener plusieurs combats, l’un à la suite de l’autre, sans répits, et c’est ce dont parle le spectacle : une quête continuelle. Ricci/forte parlent souvent d’une énergie et d’une dimension “ctonia”, barbare, attachée à la terre, qui doit nous habiter continuellement.

Ricci/forte laisse souvent une part d’improvisation aux interprètes, c’est le cas avec Darling ?

La part d’improvisation qu’il y a dans le spectacle nous oblige à être connectés ensemble sur le plateau, et se connecter à l’instant. L’interprétation devient alors de la performance. Et avec le travail physique intense, la volonté est de re-invoquer, à chaque représentation, avec la force du moment, avec le public du soir, une sorte de nouveau rituel.

Piero Tauro 15

Avec Darling, nous retrouvons certain éléments récurrents dans chacun des spectacles de ricci/forte : le corps nu, l’endurance des interprètes, l’urgence…

En ce qui concerne Darling, avant le corps nu il y a son extreme inverse : le code vestimentaire, l’embourgeoisement de l’habit, la coquetterie, l’apparat. Des habits pesants, pincés. La nudité n’est pas gratuite ou esthétique, elle participe au propos. Comme se débarrasser d’un poids. Pour l’endurance, je me souviens d’une phrase qu’a dit Stefano Ricci durant une rencontre avec le public : « La première qualité que je cherche chez un comédien, c’est qu’il respire. » Je crois que le rapport à l’épuisement dans leur spectacle traduit l’envie acharnée de vivre. Aujourd’hui on est en train de participer activement à détruire le monde dans lequel on vit. C’est un spectacle qui prend ses origines dans la tragédie grecque, pour interroger le présent, et l’urgence d’agir.

Darling (hypothèses pour une Orestie) Le 24 et 25 mars au Nouveau théâtre de Montreuil / MC 93 Hors-les-murs. Dans le cadre de : Festival Le Standard idéal 10e édition. Mise en scène Stefano Ricci Dramaturgie Ricci/Forte Chorégraphie Marco Angelilli Décor Francesco Ghisu Costumes Gianluca Falaschi Son Thomas Giorgi. Direction technique Davide Confetto Assistanat à la mise en scène Liliana Laera. Avec Anna Gualdo, Giuseppe Sartori, Piersten Leirom, Gabriel Da Costa.

Portrait / Gabriel Da Costa
Photo Darling / Pietro Bertora


Partagez cette page


http://www.maculture.fr/theatre/ricciforte-gabrieldacosta-darling/