Le Prince de Hombourg, Giorgio Barberio Corsetti

Par . Publié le 10/02/2015



Le Prince de Hombourg, héros éponyme, est un romantique, un individu dont la profonde intériorité entre en conflit direct avec les obligations dues à son titre. Pétri d’idéaux et d’émotions terribles, il se laisse submergé par les événements en même temps qu’il les survole, emporté toujours par des sentiments extrêmes, incapable d’embrasser la voie médiane qui serait pourtant la plus raisonnable. Au grand dam de ses proches, il ne se dégonfle ni devant son honneur ni devant son amour, et assume jusqu’à leurs dernières conséquences ses choix, même lorsque ceux-ci le placent en fâcheuse posture.

Face à ce héros franc et généreux, dont on ne saurait dire précisément quand il sommeille et quand il veille, l’Électeur Frédéric Guillaume, chef d’armée intraitable, fait figure de contrepoint rigide. Il incarne tout à la fois l’autorité et son respect scrupuleux, ne commettant jamais une action qui n’ait été d’abord mûrement réfléchie, il symbolise la Raison autant que le Prince répond à la Passion.

Les deux personnages, sur les versants symétriques d’un même sacerdoce, celui du devoir, se voient contraints à s’affronter bien qu’ils partagent un ennemi commun, les Suédois. Victime d’une passion violente pour sa cousine, le Prince ne prête qu’une oreille distraite aux ordres de bataille de son général et, l’heure du combat sonnant, il déclenche la charge de ses troupes bien trop tôt. Dans une mise en scène grandiose, le chef en transe, élevé dans les airs, chevauche un gigantesque destrier fantomatique. Sa manœuvre impulsive est couronnée de succès, mais cela ne suffit pourtant pas à satisfaire l’Électeur, pour qui seule la stricte observance des consignes, indépendamment des conséquences, garantie le bon fonctionnement de l’armée et de l’État. Faute d’avoir obéi à des ordres qu’il ne connaissait pas, le Prince est condamné à mort.

Toutes les manœuvres de ses nombreux alliés n’auront que peu d’influence, le dauphin blessé à vif, fidèle à son seigneur jusque dans l’adversité, finira par se résigner à son sort et à l’appeler de ses vœux. C’est devant cette acceptation pleine et totale que le sort s’infléchira et que Frédéric Guillaume décidera raisonnablement de l’épargner.

Corsetti situe les péripéties guerrières du texte de von Kleist dans un univers moderne aux relents de guerre mondiale. Tout dans l’ambiance, des uniformes militaires aux cartes d’état-major vidéo-projetées sur scène, rappelle les deux grandes guerres du siècle. Cette imagerie situe l’action dans un passé assez proche qui sonne de façon étonnamment familière. Les quelques éléments de décors, sobres et monumentaux, sont déplacés au cours de l’action afin de construire le champ des hostilités. Par sa mise en scène époustouflante mais économe, Corsetti met en exergue la grande beauté du texte. Les scènes grandioses s’enchaînent avec une grande efficacité à d’autres où les acteurs occupent seuls l’espace. La mise en scène et le texte arrivent à une respiration très délicate tout en restant ample, et le spectateur ne peut qu’être emporté par l’aventure dramatique du Prince d’Hombourg.

Vu au Théâtre Les Gémeaux Scène nationale de Sceaux. De Heinrich von Kleist, mise en scène Giorgio Barberio Corsetti, scénographie Giorgio Barberio Corsetti et Massimo Troncanetti, musique Gianfranco Tedeschi, vidéo Igor Renzetti, images Lorenzo Bruno et Alessandra Solimene, lumière Marco Giusti, son Frédéric Vienot, costumes Moïra Douguet. Avec Jean Alibert, Anne Alvaro, Clément Bresson, Anthony Devaux, Luc-Antoine Diquéro, Xavier Gallais, Hervé Guerrisi, Éléonore Joncquez, Maximin Marchand, Geoffrey Perrin, Julien Roy et Gonzague Van Bervesseles. Photo de Christophe Raynaud de Lage.


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