Liliom, Jean Bellorini

Par . Publié le 27/05/2015



Créé en plein air en juin 2013 au Printemps des Comédiens à Montpellier, Jean Bellorini, nouveau directeur du Théâtre Gérard Philipe – centre dramatique national de Saint-Denis, signe une « nouvelle version » de sa mise en scène de Liliom ou la vie et la mort d’un vaurien, d’après le texte de l’auteur hongrois Ferenc Molnar datant du début du XXème siècle.

Liliom travaille à la fête foraine où il fait des tours pour amuser les clients, tout en séduisant nombre de femmes. Jusqu’au jour où il y rencontre Julie, une petite bonne. Trouvant l’amour, ils perdent tous deux leur travail. L’étincelle d’espoir est déjà entachée d’une triste fatalité. S’ensuit le sombre engrenage de la pauvreté, de l’alcool, du jeu et de la violence. La naissance prochaine d’un enfant ne fera qu’accélérer encore, sans surprise, le processus qui mène Liliom à sa perte. On s’interroge sur le choix de monter ce texte, qui s’appuie sur la passivité et l’impuissance des personnages face à leur destin.

Que penser de cette pièce où l’homme ne semble être qu’un pantin abasourdi, sans volonté propre et sans conscience ? Vivant, Liliom est déjà un fantôme. L’intrigue est plate, très linéaire et attendue, proposant un monde sans rédemption possible : la morale y est sombre et implacable mais sans profondeur aucune, tant elle est caricaturale. D’après la citation inscrite dans le programme du spectacle, Ferenc Molnar avait lui-même écrit à propos de sa pièce : « Mais l’auteur peut-il, a-t-il le droit d’être naïf, puéril, crédule sur scène ? (…) Je voulais écrire ma pièce de cette manière. Avoir le mode de pensée d’un pauvre gars qui travaille sur un manège dans le bois à la périphérie de la ville, avec son imagination primitive. Quant à savoir si on a le droit – je l’ai déjà dit : cela reste à débattre. » Un siècle plus tard, le débat reste ouvert.

Heureusement, la pièce est portée par la troupe. On assiste à un véritable spectacle, ce qui est dû tant à la belle énergie déployée sur scène par les comédiens qu’à la poésie qui se dégage du décor, des lumières et de la musique. Une atmosphère, un monde sont créés à travers ce décor de foire, où une piste d’auto-tamponneuses côtoie une grande roue scintillante, des néons colorés et une petite caravane rouge et blanche. L’ingéniosité sans lourdeur des mécanismes du décor permet à la féérie de s’installer. Julien Bouanich joue remarquablement un Liliom fier-à-bras mais chancelant, tandis que certains personnages secondaires – Madame Muscat, Marie et Balthazar – sont incarnés avec justesse et humanité.

Des scènes burlesques, comiques, volontairement surjouées viennent véritablement s’intercaler dans des moments tragiques, l’articulation entre les deux se faisant difficilement. Bien jouées et drôles, elles brouillent cependant la lecture de la pièce et éloignent le spectateur des protagonistes, accentuant la mise à distance induite par les gros traits du texte : on assiste à la chute du personnage sans l’accompagner. Les personnages du commissaire, des agents de police, du « juge » aux portes du ciel et de l’enfer sont clownesques : l’absurdité de ces forces de l’ordre et de cette justice terrestres et célestes est raillée, mais cela ne donne pas plus de sens à la posture de Liliom.

Le contraste entre l’énergie et la sensibilité qui habitent la troupe Air de Lune – que l’on avait particulièrement appréciée dans l’adaptation des Misérables, Tempête sous un crâne, vue la saison dernière – contraste décidément étrangement avec ce texte sec et sans empathie.

Vu au Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis. Avec Julien Bouanich, Amandine Calsat, Julien Cigana, Delphine Cottu, Jacques Hadjaje, Clara Mayer, Teddy Melis, Marc Plas, Lidwine de Royer Dupré, Hugo Sablic, Sébastien Trouvé, Damien Vigouroux. Traduction Kristina Rády, Alexis Moati, Stratis Vouyoucas, costumes Laurianne Scimemi, musique Jean Bellorini, Lidwine de Royer Dupré, Hugo Sablic, Sébastien Trouvé, maquillage Laurence Aué. Photo Pascal Victor.

Tournée 2015/2016

Le 25 septembre 2015 au Préau CDR, Centre Dramatique National de Vire
Le 7 et 8 octobre 2015 au Grand R, Scène Nationale De La Roche-Sur-Yon
Le 12 et 13 Octobre 2015 à La Coursive, Scène Nationale de La Rochelle
Le 6 et 7 novembre 2015 au Channel, Scène Nationale De Calais
Du 11 au 16 Novembre 2015 au Théâtre Firmin Gémier à Châtenay-Malabry
Le 20 et 21 novembre 2015 au Théâtre De Saint-Quentin-En-Yvelines – Scène Nationale
Les 3 et 4 décembre 2015 à la Scène Nationale De Sénart
Les 16 et 17 Décembre 2015 à L’équinoxe, Scène Nationale de Châteauroux
Du 9 au 21 mai 2016 au Théâtre National Populaire de Villeurbanne


Partagez cette page


http://www.maculture.fr/theatre/liliom-jean-bellorini/