Les Nègres, Robert Wilson

Par . Publié le 12/10/2014



Alors que les derniers spectateurs prennent place sous le regard d’un homme costumé au regard cerné de blanc, un premier homme surgit sur scène avant de se figer sous les coups sonores d’une mitraillette. Chacun leur tour, une dizaine de personnages se verront stopper dans leur élan devant un grand décor dogon, créant un majestueux tableau vivant. Ce long prologue silencieux ne laisse aucunement présager la suite du spectacle.

Invité par Luc Bondy à monter Les Nègres de Jean Genet à Paris, Robert Wilson n’avait pas signé de mise en scène « française » depuis Quartett en 2006 au Théâtre de l’Odéon avec l’actrice Isabelle Huppert. La saison dernière, le Festival d’Automne à Paris lui avait consacré un portrait en présentant une exposition au musée du Louvre et plusieurs spectacles dont Peter Pan, la recréation de l’opéra d’ Einstein on the Beach et The Old Woman avec Willem Dafoe et Mikhaïl Baryshnikov. Avec Les Nègres, le metteur en scène américain s’entoure aujourd’hui d’une jeune et magnifique troupe d’acteurs et de chanteurs noirs au jeu et à la beauté sans équivoque.

Dans des tenues de soirée bariolées et scintillantes, les personnages brillent de mille feux au centre d’un impressionnant décor aux allures de forêt minimale. Le free jazz du saxophoniste Dickie Landry créer d’étonnants paysages sonores et accompagne les silences que le metteur en scène affectionne entre chaque tableau. Perchés sur deux échafaudages, des personnages avoisinent des palmiers en néon rose et surplombent des barbelés parsemés d’ampoules. Signées par Robert Wilson, la scénographie et les lumières sont à l’image de l’univers du metteur en scène : minimale et extrêmement graphique. L’image au dépends des mots, diront certainement les amoureux de Genet.

« Que deviendra cette pièce quand auront disparu d’une part le mépris et le dégoût, d’autre part la rage impuissante et la haine qui forment le fond des rapports entre les gens de couleur et les Blancs, bref, quand entre les uns et les autres se tendront des liens d’hommes? Elle sera oubliée. J’accepte qu’elle n’ait de sens qu’aujourd’hui. » Que dirait Jean Genet si, près de soixante ans après avoir écrit cette préface pour Les Nègres, ses mots avaient encore aujourd’hui un échos dans notre société ?

Vu à l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Mise en scène, scénographie et lumière, Robert Wilson, dramaturgie, Ellen Hammer, costumes, Moidele Bickel, musique originale, Dickie Landry. Avec Armelle Abibou, Astrid Bayiha, Daphné Biiga Nwanak, Bass Dhem, Lamine Diarra, Nicole Dogué, William Edimo, Jean-Christophe Folly, Kayije Kagame, Gaël Kamilindi, Babacar M’Baye Fall, Logan Corea Richardson, Xavier Thiam, Charles Wattara. Photo de Lucie Jansch.


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