Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet, Les chiens de Navarre

Par . Publié le 14/02/2016



À peine arrivés dans cette belle et grande salle de la Ferme du Buisson que les festivités débutent : les comédiens attrapent un à un quelques spectateurs se dirigeant vers leur siège et les entraînent sur la scène dans une danse endiablée au son de Ba moin en ti bo de la Compagnie créole. L’immense plateau est recouvert de terre et soutient comme seul décor un feu de bois et en avant-scène le fameux piano sur lequel un personnage arborant un masque de cochon a commencé à jouer quelques airs. Le défilé de sketchs commence alors et s’enchaînera en alternant moments potaches et absurdes, gags masqués et autre ballet automobile.

Dans ce spectacle créé au festival Les Inaccoutumés à la ménagerie de Verre en 2012, les Chiens de Navarre, à contre courant de leurs autres propositions, présentent ici un objet uniquement chorégraphique. Les comédiens jouent la plupart du temps masqués et font défiler les modes et les époques. On voyage ainsi d’un enchaînement de danse classique presque acrobatique et superbement maîtrisé à un numéro de claquettes un peu bancal sur des bouts de planches qui tremblent, en passant par une danse Bollywoodienne extrêmement entraînante et arrosée d’une pluie de paillettes. Comme d’habitude chez les Chiens, les styles se mélangent et on ne sait jamais bien qui se moque de qui et surtout de quoi. L’esthétique du lieu comme des costumes (quand ils ne les enlèvent pas entièrement) pose tout de suite l’univers de la troupe et rend familière leur présence.

Démontrant une fois de plus leur capacité à décloisonner l’espace et faire fi des contraintes physiques, on ne s’étonnera même pas de voir une moto et deux voitures faire leur entrée par l’arrière de la scène au milieu de la représentation. La dimension cinématographique de l’utilisation de l’espace et du rendu est ainsi flagrante. S’en suit une scène de sexe en groupe qui, puisqu’elle n’a pas pour but de choquer le bourgeois¹, aura au moins le mérite de donner une nouvelle impulsion rythmique au spectacle qui tournait un peu en rond après un ballet de voitures légèrement redondant.

Après un très long moment de danse en groupe, démasqués et à la manière du Boléro de Maurice Béjard, permettant aux comédiens de jouer ensemble et d’imposer une cadence presque lancinante, le comédien Thomas Scimeca s’élance dans un solo magistral dont lui seul a le secret et qui démontrera encore une fois toute l’insolence du personnage.

Avec Les danseurs ont apprécié la qualité du parquet, le spectacle est encore une fois rondement mené, les Chiens s’amusent et nous amusent. Ils font le spectacle et détonnent encore dans un univers trop capitonné. Rassasiés de tant de liberté sur le plateau, on en vient quand même à se demander à quel moment l’habitude tue la subversion.

¹ Jean-Christophe Meurisse dans un entretien avec Laurent Carpentier pour Le Monde / 7 février 2014

Vu à la Ferme du Buisson dans le cadre du festival Performance Day. Avec Caroline Binder, Céline Fuhrer, Robert Hatisi, Manu Laskar, Thomas Scimeca, Anne-Elodie Sorlin, Maxence Tual et Jean-Luc Vincent. Collaboration chorégraphique :  Isabelle Catalan, création lumière : Yvon Julou, régie générale et lumière : Stéphane Lebaleur, création et régie son : Isabelle Fuchs, régie plateau : Julie Leprou. Photo de Philippe Lebruman.

Prochaine date : le 16 février 2016 au Théâtre de St-Quentin-en-Yvelines


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