Et quand vient le silence (on se rend compte que personne n’avait rien d’important à raconter), Collectif Grande Surface

Par . Publié le 18/12/2015



Librement adaptée de Cendres (2000-2009) d’après Rodrigo Garcia, cette pièce nous donne à voir les méfaits de la culture consommation sur fond d’humour corrosif. Le collectif Grande Surface met en scène l’agitation de cinq curieux personnages dans un décor de supermarché. Tout en apportant la fraicheur d’interprétation des jeunes comédiens, ce théâtre performatif met en lumière tout l’esprit qui animent les textes de l’auteur argentin.

Après un camping improvisé entre deux rayonnages de produits ménagers, les saynètes surréalistes n’en finissent plus. La vie courante de consommation est détournée avec impertinence par les personnages, plus délurés les uns que les autres. L’identité de l’espace et des personnages est rendue ambigüe. De la nature aux grandes surfaces commerciales, de l’homme à l’objet et à l’animal, de l’intime au public, de l’attirance à la répulsion, le collectif met en scène le non-sens de nos comportements sociaux de consommateurs. Le supermarché et l’écran deviennent le décor d’une jungle citadine hostile.

Sur ce grand terrain de jeux infantiles, le fast-food ne concerne plus seulement la nourriture mais aussi la santé, les relations humaines, et même le public du théâtre. Lorsque la caméra du plateau se tourne sur l’une des spectatrices pour la projeter simultanément sur grand écran, les limites n’existent plus. Prise au dépourvu, elle est contrainte d’improviser une publicité coca-cola sous le feu des projecteurs. Au moment où le public désirerait prolonger l’instant jubilatoire, la lumière crue des néons le ramène bien vite à la réalité du plateau.

Avec un ton qui suit plutôt bien les tendances artistiques actuelles le collectif dresse un pamphlet visuel qui ne ménage pas l’état de nos sociétés. De coca-cola à photoshop, l’éternelle problématique de le consommation reste encore très actuelle: « et quand vient le silence » en est une forme artistique tout à fait originale qui marque le théâtre d’une certaine fraicheur adulescente. Aussi drôle qu’amer, la pièce frôle les limites du registre « trash » sans pour autant tomber dans la vulgarité, avec même de jolies figures poétiques comme celle de la créature chancelante chaussée de cônes de chantier. Bien que juvénile et débutant, le jeu des comédiens insuffle une certaine euphorie retranscrivant le désenchantement humain dont il est question dans Cendres.

Si mourir revenait à se retirer des carrefours de consommation, alors l’être humain serait condamné au vide de l’existence. Sur scène quand soudain arrive le silence et que les lumières s’éteignent, tout le monde se rend compte que rien n’était finalement bien sérieux. Les discussions idiotes et les formes sans fond disparaissent simplement pour laisser place au néant. Il n’y aura eu que l’intensité du moment pour nous compter toutes ces absurdités.

Vu à La Chapelle à Montréal. Ecriture de plateau : Joanie Poirier, Jonathan Léo Saucier. Avec Chloé Barshee, Jérôme Bédard, Véronique Lachance, Audrey Leblanc, Mickaël Tétrault-Ménard. Décor et vidéo : David Poisson. Costumes, accessoires et graphisme : Claire Renaud. Lumières: Charlotte Hoffman. Conception sonore: Jonathan Léo Saucier. Assistance aux costumes et accessoires: Manon Guiraud. Conseillère à la dramaturgie: Andréane Roy. Photographie: Marc Bruxelles.


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