Siroé, Re di Persia, Max Emanuel Cencic

Par . Publié le 02/12/2014



Bien que le regain d’intérêt pour Johann Adolph Hasse (1699-1783) ait suscité ces dernières années quelques enregistrements, la scène lui reste encore relativement fermée. On ne peut donc que féliciter le Château de Versailles de cette belle production de Siroé, rè di Persia, monté pour la première fois en France depuis sa création en 1733.

​Le contre-ténor Max Emanuel Cencic s’essaie ici à la mise en scène. La composition des personnages est intéressante et parfois audacieuse. Si Laodice ne pouvait être qu’une jeune fille volage et Siroé, un innocent injustement accablé, le personnage de Cosroé est plus surprenant. Pour justifier psychologiquement sa méfiance vis-à-vis de son propre fils et le retournement final, Cencic en fait un très vieil homme, au risque toutefois d’un écart un peu trop marqué avec la voix du chanteur. Corsé est donc ici un roi en fin de règne, au bord de la sénilité, entouré de vieilles sorcières, deux rôles muets bien pensés. Ce choix permet d’animer certains airs (la toilette pendant l’air de Medrase) et fait l’objet de belles images (le cercle de bougies dans le dernier acte).

​La scénographie de Bruno de Lavenère est simple mais efficace, ne détournant pas l’attention des émotions éprouvées et chantées sur scène, cœur même de tout opéra baroque. Elle consiste en quelques meubles isolés, en longs voiles translucides suspendus et en panneaux de métal aux motifs de moucharabieh. Le plateau prend vie grâce aux belles lumières de David Debrinay et aux projections vidéo d’Etienne Guiol. D’emblée, la projection de quelques éléments d’ornementation installe le cadre de l’action : la Perse fantasmée d’un conte des Mille et Une nuits. Cette idée correspond bien au propos de l’opéra, qui ne relève en rien de l’histoire mais de la morale, tout autant qu’au cadre de l’Opéra Royal de Versailles. Nous passons ainsi de la salle du trône, à un jardin clos ou encore aux appartements privés. Certaines projections déçoivent cependant par leur naïveté quasi publicitaire (les amoureux à la plage), leur caractère excessivement macabre (les empilements de crânes) ou leur symbolisme abscons (les références à la franc-maçonnerie dont Hasse fut membre).

​Le chef George Petrou domine cette partition assez complexe dont les changements de tempo sont parfois très abruptes, à l’image des émotions des protagonistes. L’Armonia Atenea fournit une bonne prestation d’ensemble mais s’anime avec bonheur dans le troisième acte, par ailleurs assez figé et esthétiquement peu séduisant. La distribution vocale est très bonne et homogène. Cet élément est autant plus déterminant que dans cet opéra, il n’y a pas véritablement de rôle central. Même Arasse n’est pas secondaire dans la mesure où il décide de l’issue du drame. On saluera la performance non seulement vocale mais scénique de Juan Sancho en Cosroé et de Roxana Constantinescu en Emira / Idaspe. Cependant, Julia Lezhneva surclasse indéniablement ses partenaires, non seulement par sa présence scénique et son timbre mais aussi par une émission vocale parfaitement maîtrisée, y compris, et surtout, dans les ornementations des reprises. Son dernier air reçoit du public une longue acclamation, bien légitime. La qualité d’ensemble de cette production permet d’espérer la résurrection d’autres chef-d’œuvre du cher Saxon.

Vu à l’Opéra Royal du Château de Versailles. Mise en scène par Max Emanuel Cencic. Décors et costumes Bruno de Lavenère. Lumières David Debrinay. Vidéo Etienne Guiol. Photo de Bruno de Lavenere/Decca Classics.


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