Il Re Pastore, Nicolas Buffe & Jean-Christophe Spinosi

Par . Publié le 20/01/2015



Après Orlando Paladino de Haydn, Jean-Christophe Spinosi et son Ensemble Matheus s’associent à nouveau avec Nicolas Buffe et présentent au Théâtre du Châtelet un œuvre de jeunesse de Mozart : Il rè pastore. La rareté des enregistrements de cette œuvre, au disque comme au DVD, s’explique-t-elle par la faiblesse réputée de son intrigue ou par la technique vocale exigée ? La mise en scène relève dans tous les cas de la gageure et certains, y compris à Salzbourg, y ont lamentablement échoué.

Celle proposée par Nicolas Buffe et Olivier Fredj, ne manque pas d’esprit et la transposition de l’action des champs de Sidon aux espaces intergalactiques n’est pas sans à-propos. Que le spectateur adhère ou non aux choix esthétiques qui sont faits, on ne peut nier une lecture attentive de l’œuvre tout entière (partition et livret) et une transposition habile. L’exposé de la situation, par exemple, est parfaitement bien résumé par les images animées précédant l’ouverture et qui posent d’emblée l’esthétique de tout le spectacle, rappelant aux spectateurs quarantenaires les anime de leur jeunesse (Albator, Goldorak, etc.). De même, dans l’esthétique de l’opéra du XVIIIe siècle, les airs ont pour fonction dramatique d’exprimer les émotions des personnages et de permettre aux chanteurs de montrer leur virtuosité. Le déroulement de l’action s’interrompt pour permettre l’effusion d’amour ou de haine. Nicolas Buffe et Olivier Fredj, accompagnés pour la dramaturgie par Benoît Chantre, assument complètement cette fonction de l’air en proposant pour chacun d’eux une mise en scène spécifique : le plus souvent le chanteur est seul en scène, le décor change, une vidéo fait écho aux émotions exprimées et parfois même le chanteur s’élève dans les airs (au sens propre cette fois). On reste cependant plus sceptique face à l’interruption de l’action et de la musique à chaque entrée d’un nouveau personnage pour permettre l’apparition de sa fiche descriptive précisant son statut, son objectif et ses faiblesses, comme un avatar de jeu vidéo.

L’ensemble du spectacle (car il s’agit bien de cela au vu de la diversité des moyens scéniques mobilisés) se révèle hybride à plus d’un titre tout en faisant preuve d’une grande cohérence esthétique et scénique : œuvre de jeunesse du compositeur mais présentant des difficultés techniques redoutables pour les chanteurs, une pastorale transposée en space opera (Alessandro ne conquiert pas des terres mais des planètes), un opera seria mais ici teinté d’humour.

Les costumes, signés aussi Nicolas Buffe, sont originaux, parfois réussis (Tamiri, Elisa dans le 2e acte), parfois un peu ridicules (Aminta tassée dans son costume de Mario, Agenore, entre Buzz l’Eclair et les Aliens de Toy Story).

L’Ensemble Matheus offre une bonne prestation, les cuivres se distinguant particulièrement par leurs nuances et leurs couleurs. On peut toutefois regretter que l’accompagnement du récitatif soit fréquemment complété par l’adjonction de sons électroniques, marqueurs d’émotions ou de situations, semblables à ceux émis dans les jeux d’arcade. De même, les acrobaties des soldats si elles animent le plateau pendant les airs, détournent cependant l’attention du chant.

Paradoxalement, cet opéra, qui n’en est pas vraiment un puisqu’il s’agit d’un drame pastoral, est loin d’être plus facile à adapter et à chanter que les compositions plus tardives (certains diront « mûries ») de Mozart. Puisque les personnages relèvent plus des archétypes que d’authentiques personnes (comme ce sera le cas dans la trilogie Mozart-Da Ponte), la psychologie des protagonistes compte moins que le plaisir du beau chant suscité par la virtuosité vocale. C’est pourquoi les airs sont longs et les reprises da capo exigent des chanteurs expérimentés. La distribution vocale se révèle de ce point de vue inégale. Si Marie-Sophie Pollak en Tamiri parvient à nous émouvoir dans son premier air (n°6 Di tante sue procelle…), l’Alessandro de Rainer Trost manque, quant à lui, de tenue vocale. Soraya Mafi en Aminta, propose une bonne performance globale, mais son soprano convient-il vraiment au personnage ?

Malgré la cohérence de l’esthétique et de la transposition, l’adhésion au contrat de lecture n’est pas pleine et entière. Il semble donc que le rè pastore n’ait pas encore véritablement trouvé son royaume.

Vu au Théâtre du Châtelet à Paris. Livret : Métastase, Direction musicale : Jean-Christophe Spinosi. Conception sonore : Antoine Souchav’. Mise en scène : Olivier Fredj. Mise en scène : Nicolas Buffe. Scénographie, costumes et conception visuelle : Nicolas Buffe. Dramaturge : Benoît Chantre. Vidéaste : Robert Nortik. Lumières : Renaud Corler.  Photo – storyboard Nicolas Buffe.


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