La Grande-Duchesse de Gérolstein, Philippe Béziat / Compagnie Les Brigands

Par . Publié le 13/01/2015



La Compagnie Les Brigands présente au Théâtre de l’Athénée La Grande-Duchesse de Gérolstein d’Offenbach. Composée pour un orchestre d’opéra traditionnel, l’oeuvre est ici adaptée par Thibault Perrine à une formation très légère (minimale pourrait-on dire) puisqu’il n’y a sur scène qu’un quatuor à cordes, trois vents, un piano et quelques percussions. À peine donc un orchestre de chambre.

De tels moyens musicaux ne permettent pas la puissance émotive d’une formation plus importante, mais ils sont cependant capables de beaux effets. Il est particulièrement original, sur une scène d’opéra, de voir les musiciens inscrits véritablement dans la scénographie. Les entrées et sorties des musiciens sont parfaitement réglés (malgré l’étroitesse du plateau) et parfois, intégrés au jeu des chanteurs, par exemple dans le duo de la déclaration d’amour où les instruments entrent tour à tour.

La mise en scène de Philippe Béziat à un efficacité indéniable, pleine d’humour. Les contraintes du plateau de l’Athénée conduisent nécessairement à une économie des moyens scéniques (décors, lumières, costumes) qui ne nuit pas à l’œuvre mais en concentre les effets. Les lumières, minimales et discrètes (la rampe, un cyclo), sont cependant suggestives. Tout comme les décors : une couverture roulée suffira à suggérer le camp militaire, un cintre rempli de housses à vêtement suffira à évoquer aussi bien les appartements royaux que les coulisses du complot. Quant aux costumes, ils semblent à eux seuls constituer un pied-de-nez aux superstitions théâtrales : tous les chanteurs sont en vert. Les soldats arborent des faux tatouages héraldiques et des salopettes improbables, entre uniforme et Lederhose. Seule la Grande-Duchesse porte les belles robes d’Elisabeth de Sauverzac.

La réduction musicale s’est aussi opérée dans la distribution. Exit Wanda, la fiancée de Fritz… sans pour autant supprimer l’histoire d’amour ! Les sentiments de Fritz se portent donc sur son camarade Krak, confié à un ténor léger (David Ghilardi). L’audace de l’adaptation proposée par Les Brigands repose aussi sur cette relation amoureuse. Mais l’idée n’est pas surexploitée et ne tombe jamais dans le vulgaire. De plus, elle ne semble pas étrangère à l’esprit même d’Offenbach et des ses collaborateurs, toujours attentifs à l’évolution des mœurs de leur temps.

Les quatre rôles masculins principaux, aux capacités scéniques et vocales très différentes, sont bien tenus car ils collent parfaitement aux personnages. Dans le rôle de la Grande-Duchesse, Isabelle Druet se révèle non seulement une excellente chanteuse mais aussi une actrice talentueuse. Elle n’oublie pas de jouer quand elle chante et son jeu module son chant.

Malgré toutes les adaptations par rapport à l’œuvre originale, même le puriste (si tant est que cela ait un sens en ce qui concerne Offenbach…) ne peut bouder son plaisir, tant cette proposition est pleine d’énergie, de sincérité et d’esprit.

Vu au Théâtre de l’Athénée. D’après la grande-duchesse de gérolstein opéra bouffe de Jacques Offenbach, livret Henri Meilhac et Ludovic Halévy direction musicale Christophe Grapperon mise en scène Philippe Béziat. Photo de Claire Besse.


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