Lisbeth Gruwez « Je me sens connectée à la manière dont Bob Dylan chante ses chansons »

Propos recueillis par . Publié le 03/06/2015



Lisbeth Gruwez et Maarten Van Cauwenberghe se sont rencontrés sur les plateaux de l’artiste et chorégraphe flamand Jan Fabre. Elle danse, et il compose principalement de la musique. Ils fondent Voetvolk en 2006 et créent l’année suivante Forever Overhead. Ils signent ensemble plusieurs spectacles dont le célèbre solo It’s going to get worse and worse and worse, my friend (2012) et une pièce de groupe intitulée AH/HA (2014). Ils reviennent aujourd’hui avec un solo plus intime, Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan.

Comment travaillez-vous ensemble pendant la création d’un spectacle ?

Sans trop de mots. On fait, et en faisant, on trouve du sens. La confiance dans le regard de l’un et l’écoute de l’autre permet de construire quelque chose. Maarten compose pour moi et je garde constamment à l’esprit que je danse pour lui.

Comment le travaille de chacun influence-t-il celui de l’autre ?

L’un ne peut pas sans l’autre. Parfois, Maarten danse pour moi : le voir danser une idée que j’ai eu me permet de voir les choses autrement. Il m’informe, m’apprend le rythme concret de la musique, et une fois incorporé, je peux me rebeller. Notre relation puise sa complicité dans une intarissable source d’inspiration et d’altérité. Notre rencontre ou notre collaboration représente, à mes yeux, l’amour en pure forme, l’envie d’emmener l’autre au-delà .

Vous venez de créer le solo Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan. Pouvez-vous revenir sur la genèse de cette nouvelle pièce ?

L’idée est née pendant l’intense tournée d’It’s going to get worse and worse and worse my worse my friend. Lisbeth Gruwez dances Bob Dylan peut se lire comme un plan détaillé qui offre un aperçu sur la façon dont notre duo Voetvolk fonctionne.

Tout comme dans vos précédentes créations, l’impulse du mouvement s’appuie ici essentiellement sur la musique de Maarten Van Cauwenberghe.

La musique et la danse apparaissent toujours en même temps dans le studio de répétition. Je dirige souvent la musique et Maarten me dit toujours quels types de mouvement fonctionnent avec ou non. Nous alternons entre « raison et intuition » et Bob Dylan est, pour moi, le parfait exemple de la symbiose entre raison et intuition. Personne d’autre à part Dylan ne pouvait convenir. C’est un chanteur avec mille voix, son phrasé est très impulsif et dans la volonté de vivre l’instant. Mes mouvements ne sont jamais figés à une chorégraphie et je ne peux pas détacher le mouvement de l’instant. Je me sens connectée à la manière dont Bob Dylan chante ses chansons. C’est très difficile de chanter avec lui car son phrasé est extrêmement particulier et à chaque chanson, il exerce toujours cet imprévisible et unique sensation de vivre l’instant.

Pourquoi utiliser des vinyles ?

Maarten commence à avoir une grande collection de vinyles dans laquelle je cherche, à chaque début de création, des sons ou des ambiances. Ecouter de la musique sur vinyles est un rituel qui est en train de disparaitre. Les gens, chez eux, écoutent de la musique digitale, sur ordinateur. Nous voulions réintroduire le sentiment romantique de jouer de la musique avec une platine vinyle. Nous avons un rituel avant de commencer chaque nouveau projet : nous parlons, nous buvons des bières et écoutons de la musique en essayant de trouver sur quoi nous allons travailler.

Photo Klaartje Lambrechts.


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