Fabien Prioville, The Smartphone project

Propos recueillis par . Publié le 06/03/2015



Fabien Prioville est un voyageur. Formé au CNDC à Angers, il évolue aux côtés d’Édouard Lock (La La La Human Step) au Canada et Philippe Blanchard à Stockholm avant d’intègrer le Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch à Wuppertal en Allemagne. Entre les Etats-Unis, le Japon et l’Australie, il travaille également avec Josef Nadj et Davis Freeman. En 2010, il fonde sa compagnie à Düsseldorf et créer plusieurs pièces dont Experiment on Chatting Bodies, Jailbreak Mind, NOUS et Time for us. Sa pièce The Smartphone project met en lumière les réalités augmentées à travers l’interface du smartphone et d’une application créée spécialement pour le spectacle. Fabien Prioville a accepté de répondre à nos questions.

Pouvez-nous parler de vos envies avec The Smartphone project ?

A l’heure actuelle les téléphones portables sont devenus une extension du corps humain prenant vie dans tous milieux sociaux, leur intégration à notre quotidien vient changer les paramètres d’interactions entre individus, qu’il me semblait normal de réfléchir à une forme de spectacle ou l’humain continuerait d’interagir avec l’objet dans un contexte qui à l’opposé en banni son usage. Au théâtre, les spectateurs sont souvent les mêmes et les spectacles s’adressent, en général, à un public d’initiés à la danse contemporaine. Les smartphones, étant largement démocratisés, permettent de réunir un plus large nombre de personnes n’ayant pas forcément le reflex d’acheter un ticket pour aller voir un spectacle, et qui souvent pensent que ce genre de représentations ne leur est pas adressé.

Dans Experiment on Chatting Bodies vous utilisiez déjà Skype comme médium chorégraphique, qu’est-ce qui vous motive de travailler avec ses technologies de communication ?

L’intérêt premier, je dirais, est que ces technologies sont connues de tous et utilisées par tous. Cela les rend accessibles. Elles ne sont pas conçues pour servir une forme d’art en particulier, comme les logiciels qui tournent autour des spectacles technologiques souvent conçus pour servir des ouvertures artistiques multiples. Ce qui m’intéresse, c’est d’être créatif avec des outils tel que Skype ou les smartphones, qui ne sont pas conçus à des fins artistiques, et ainsi d’explorer de nouveaux horizons pour la danse et le spectacle vivant.

Vous commencez le spectacle en précisant qu’il ne s’agit ni d’une pièce de Pina Bausch, ni d’une pièce de Lalala Human Steps ou d’une performance de Dave St-Pierre. Au delà d’une référence à votre parcours, quel message souhaitez-vous faire passer à travers cette volonté de prendre cette distance avec vos pairs/pères ?

Le début de la pièce joue le jeu d’introduction, où chacun peut réfléchir sur ses propres références. Pendant cette scène, certaines personnes rient, tout le monde prend ainsi conscience des références de chacun. Pendant cette scène nous portons le traditionnel costume de Steve Jobs (jeans basket et le fameux turtle nec sweater). Costume facilement identifiable si vous avez la bonne référence. Ainsi les références se mélangent et se mêlent à l’humour. C’est aussi de l’information communiquée par Florence, et introduit donc son rôle de maîtresse de cérémonie aux plateaux et dans la pièce.

Dans Smartphone project, vous laissez la possibilité aux spectateurs de se déplacer hors-plateaux, de monter sur scène, ou d’influencer le contenu du spectacle en leur proposant, par exemple, de choisir de la musique pour faire danser les interprètes. Quels sont les enjeux de ces nouveaux rôles ?

Vous commencez le spectacle en étant assis de façon classique comme dans la plupart des spectacles, puis la technologie vient changer cette perspective pour vous faire découvrir des rapport plus intimes et particuliers avec les interprètes. Tout cela via votre smartphone. Je voulais recréer ce sentiment de focus intense qui s’opère lorsque vous portez attention à l’écran de votre téléphone et le sentiment d’intimité qui s’installe.

Concept : Fabien Prioville, chorégraphie et danse : Fabien Prioville et Pascal Merighi, performance : Florence Minder, lumière Michael Götz, son Stefan Fuss, recherche et développement dr. Leif Oppermann, Constantin Brosda et Clemens Putschli (Fraunhofer Fit). Photo Bearbeitet.

Le 5 et 6 décembre 2015 au CENTQUATRE dans le cadre du Festival Temps d’images, organisé par ARTE.


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