Xavier Le Roy, Temporary Title, 2015

Par . Publié le 20/09/2016



Après Rétrospective de Xavier Le Roy présenté en hiver 2014 dans la Galerie sud (aujourd’hui rebaptisée galerie 3) dans le cadre d’Un Nouveau Festival et l’exposition Work/Travail/Arbeid de la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker en l’hiver dernier, le Centre Pompidou poursuit sa politique d’ouverture au spectacle vivant dans ses espaces muséaux en invitant une nouvelle fois le chorégraphe français Xavier Le Roy à présenter sa dernière création dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

Avec ce nouveau projet conçu pour des espaces d’exposition, et à l’instar de ses précédentes propositions pour des espaces muséaux, Xavier Le Roy prolonge ses recherches chorégraphiques aux travers de nouveaux cadres de monstration et de temporalité. Temporary Title, 2015 développe des matériaux abordés dans une création antérieure créée en 2010, Low Pieces, spectacle qui a acquis depuis ses présentations cahoteuses au Festival d’Avignon 2011 l’aura d’une pièce culte.

La précédente exposition intitulée Rétrospective explorait déjà différents matériaux chorégraphiques basés sur des solos créés entre 1994 et 2010 et son précédent spectacle Sans Titre (2014), qui se passait entièrement dans le noir, trouvait écho dans différents travaux antérieurs du chorégraphe conçus pour des espaces d’exposition plongés dans l’obscurité. Des allers retours entre théâtre > musée et musée > théâtre qui viennent nourrir notre regard de spectateur et notre appréhension du geste et de l’espace.

Une moquette noire recouvre toute la surface d’exposition de la galerie 3. Assis sur le sol, contre les murs et les baies vitrées (opaques pour l’occasion), les visiteurs dessinent inconsciemment un périmètre autour des danseurs. L’atmosphère de la salle oscille entre pénombre et lumière naturelle, silence et brouhaha. Au centre, une quinzaine de corps entièrement nus, débarrassés de tout artefact, traversent ensemble une succession d’actions que chacun identifiera selon sa propre perception. L’horizon y est étonnamment bas et les silhouettes, en contre jour, deviennent selon le point de vue, des sculptures.

Des magmas de chair, des corps s’entrelacent et dessinent des amas rocheux. Des bras et des jambes se tendent vers le ciel et vacillent comme des herbes sous la force du vent. Des mouvement répétitifs, saccadés, quasi mécaniques laissent entrevoir quand à eux des corps robotiques. Une dernière figure – animale – vient boucler le cycle des métamorphoses : les danseurs marchent à quatre pattes, arpentent lentement l’espace comme une horde de félin en attente, se roulent sur le dos et se lovent les un contre les autres. Certains se détachent alors de la meute, aire seul, capte le regard d’un spectateur et lui demande « Hello, my name is … Can I ask you a question ? » avant de s’approcher lentement vers lui pour entamer une discussion.

À l’instar de Low Pieces qui débutait (en pleine lumière) et se terminait (dans le noir complet) avec une discussion avec le public, Temporary Title, 2015 continue d’explorer les frontières sociales entre visiteurs/danseurs à travers le concept de dialogue. Nus, offerts aux regards et sans pudeur, chaque danseur anime de petits conciliabules avec un spectateur. On y parle d’apprentissage, de sentiments amoureux, de healing process, du temps qui passe, de voyage… autant de sujets qui ont pour points communs la notion d’évolution et de transformation. Emerge de ces différentes rencontres un plaisir personnel de voir des danseurs qui suivent depuis maintenant plusieurs années le travail du chorégraphe et qui ne cessent eux aussi de re-questionner leur travail et leur rôle d’interprète. « C’est un vrai travail collectif, chacun apporte son expérience personnelle, c’est extrêmement enrichissant » confie un danseur lors d’une conversation sur la subtilité entre les verbes teach et learn.

Quand les barrières tombent, s’échappent parfois de ces récits et de ces témoignages des instants précaires où « l’autre » devient un alter ego éphémère. Temporary Title, 2015 est un bel objet contemplatif dont on ressort serein et qui, à défaut d’être aussi radical et percutant que Low Pieces, crée d’étonnants espaces de proxémie rarement ressentis dans un musée ou au théâtre.

Vu au Centre Pompidou dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. Conception, Xavier Le Roy. Collaboration artistique, Scarlet Yu. Photo © Peter Greig.


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