Verklärte Nacht (La nuit transfigurée), Anne Teresa De Keersmaeker

Par . Publié le 28/04/2016



C’est juste à coté de l’école de danse PARTS (pour Performing Arts Research and Training Studios), fondée en 1995 par Anne Teresa De Keersmaeker, à Forest, que s’est tenue la reprise de Verklärte Nacht (La nuit transfigurée), œuvre pour sextuor à cordes d’Arnold Schönberg composée en 1899, elle-même inspirée d’un poème de Richard Dehmel : Weib und Welt (La femme et le monde). Ce 22 avril 2016 à 21h, les quatre cent places de la salle du Rosas Performance Space sont occupées. Des teintes bleues et noires remplissent l’espace. Une longue rangée de vitres horizontales laisse entrevoir un paysage boisé. Un éclairage cru part de la droite, derrière le public. Le décor ne comporte aucun meuble.

Pour cette nouvelle version (pour trois danseurs), qui succède à celle de 1995 (pour douze danseurs), les costumes sombres de Nordine Benchorf et Mark Lorimer (ce soir-là) et la robe fleurie de Samantha van Wissen, collaboratrice de longue date de ROSAS, compagnie d’Anne Teresa De Keersmaeker, permettaient à défaut de situer l’action, de renforcer le caractère des interprètes. Car le poème de Dehmel est la fin d’un drame, le début d’une union. Une femme annonce à son amant qu’elle porte un enfant qui n’est pas de lui. L’homme décide cependant de le reconnaître, par amour pour celle qu’il aime. Du désespoir à l’espoir, des mots à la musique, de la musique aux gestes, c’est à des métamorphoses que nous assistons, emportés par la minutie de la chorégraphe flamande et de ses danseurs.

Il est donné à voir par les expressions des pieds, des jambes, du buste, des bras, des mains, de la tête et du visage, toute la douleur d’annoncer une telle nouvelle, tout le soulagement de ne pas être rejeté, tout le bonheur d’une complicité transformée. L’interprétation de Pierre Boulez les enveloppe au clair de lune, suit l’évolution de leurs sentiments, de leurs paroles que les corps traduisent. La transfiguration est triple. C’est celle d’un enfant qui désormais aura un père. C’est celle d’une femme qui aura un amant. C’est celle d’un homme qui devient père. Anne Teresa De Keersmaeker chorégraphie la naissance d’une famille dans un geste romantique propre à Schönberg, où les diminuendos et les crescendos constituent les murmures, les emportements, les étreintes et éloignements des danseurs.

Les mouvements des corps se superposent impeccablement aux mouvements sonores sur la scène nue, semblable à « la mer glaciale » d’une « nuit haute et claire » évoquée par Dehlmel ; Anne Teresa de Keersmaeker donnant à la Verklärte Nacht de Schönberg une incarnation riche de sens et d’émotions, portée par le magnétisme de Samantha van Wissen.

Vu au Rosas Performance Space à Bruxelles. Chorégraphie Anne Teresa De Keersmaeker. Avec Samantha Van Wissen, Boštjan Antončič et Nordine Benchorf. Musique Arnold Schönberg, Verklärte Nacht, op. 4, par le New York Philharmonic dirigé par Pierre Boulez. Lumière Luc Schaltin et Anne Teresa De Keersmaeker. Costumes Rosas/Rudy Saboungh. Dramaturgie musicale Georges-Élie Octors et Alain Franco. Photo d’Anne Van Aerschot.

Du 7 au 15 juin au Théâtre de la Ville à Paris.


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