Until the Lions, Akram Khan

Par . Publié le 14/12/2016



« Aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur » affirme un proverbe nigérian qu’Akram Khan place en exergue de sa pièce. Until the Lions se présente comme l’adaptation chorégraphique du Mahabharata, un long poème épique millénaire emblème de la littérature indienne. Akram Khan lui donne ici l’énergie d’une danse puissante au travers d’une mise en scène orientale et mystique. Récit d’amour et scènes de chasse s’entremêlent ; nous y assistons en voyeurs depuis d’imposants gradins circulaires qui pourraient être ceux d’une arène ou d’une piste de cirque. Au centre de l’attention trône une petite scène qui semble être façonnée dans le bois d’une souche d’arbre. Quelques piques de bois sont fichées dans ses fissures ; sous l’action des danseurs elles deviendront bientôt d’intrigants totems au sommet desquels trône une tête sculptée, telle un scalp. Pour l’heure, des filets de fumée s’élèvent de la scène et se diffusent dans la salle ; ils se mêlent à la brume de chaleur que dégage le public, tel un souffle fauve accompagné de grondements en sourdine.

Les danseurs en effet s’exposent telles des bêtes de scène à la présence incroyable, engagés dans une danse houleuse, presque animale : ils rampent à terre ou s’accroupissent, se traînent sur les genoux et plaquent leurs mains au sol. Ils sursautent, se tordent en de violentes contractions ; leurs doigts se figent et s’écartent tandis que leurs pieds se crispent. Toujours sur le qui-vive, ils esquivent leurs feintes mutuelles avec une énergie fascinante, traversent la scène dans une cavalcade de déboulés ou de piétinés. Leur gestuelle est vive et heurtée, comme en témoigne leurs chevelures qui fouettent l’air, ballotées au gré des violentes impulsions qui meuvent les danseurs, accompagnés des rythmes puissants martelés par les musiciens accroupis autour de la souche. Cependant la puissance dégagée par leurs gestes ne semble jamais tout à fait adressée jusqu’à nous : le vide qui nous sépare d’eux devient progressivement palpable, alors même qu’ils se lancent à la poursuite l’un de l’autre jusqu’autour de la souche, presque dans le public.

On savait Akram Khan maître de danse Kathak, ici mêlée avec subtilité à son propre vocabulaire gestuel ; on découvre ici son goût pour une théâtralité sans doute trop bavarde, peut être superflue : l’expressivité très appuyée de l’atmosphère lumineuse et sonore redouble la trame narrative de la pièce, quelquefois à l’excès ; il en résulte un sentiment presque morbide. Les trois danseurs sans cesse s’affrontent et se repoussent, semblent se défier dans les violents élans d’une séduction qui confine quelquefois au rapport de force. Le personnage dans lequel Akram Khan se coule devient lui-même parfois malsain, derviche omnipotent et mâle dominant qui attaque ses partenaires avec la même brutalité que ses gestes. On préfèrera garder en mémoire les délicats solo des danseuses accompagnées d’un seul chant a capella, où semble résonner l’intensité de leurs gestes. Until the Lions semble ravir le public qui l’ovationne longuement. À coup sûr la danse spectaculaire du trio et la performance sonore des musiciens produit sur nous une vive impression. Cependant l’on s’autorise à demeurer quelque peu circonspect quant au manichéisme trop évident de la mise en scène.

Vu à La Villette (Théâtre de la Ville hors les murs). Direction artistique et chorégraphie Akram Khan. Concept narratif, scénario, texte Karthika Naïr. Photo Jean Louis Fernandez.


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