To Da Bone, (LA) Horde

Par . Publié le 05/02/2018



Le Jumpstyle est une danse urbaine, apparue au tournant des années 2000. Composée d’une succession rapide et cadencée de sautillements (les jumps), elle a acquis sa notoriété grâce aux réseaux sociaux, sur lesquels les jumpeurs diffusent vidéos et tutoriels pour leurs adeptes. Cette danse est aujourd’hui principalement pratiquée en Europe – de l’Est, notamment – et ses initiés se retrouvent régulièrement pour de grands rassemblements. Le collectif (LA)Horde, qui en est issu, rassemble Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel : ils sont cette année associés à la Maison des Arts et de la Culture de Créteil. To Da Bone est ici présentée dans le cadre d’une journée événement, accompagnée de projections et de sessions live. Cette création se veut un projet collectif, et les danseurs qui y participent ont été recrutés par internet dans toute l’Europe. Sur la scène nue, aux allures de parking désaffecté, ils prennent place un par un au sein du crew, vêtus d’un jean noir, de baskets et d’une veste de survêtement bigarrés.

Leur chorégraphie consiste alors en la combinaison, pendant près d’une heure, des deux seuls pas de base qui constituent le Jumpstyle : le oldschool, en quatre temps, et le hardjump, plus récent, en six temps. Ils sautillent en rang bien ordonnés, sur une cadence qui n’a rien à envier aux parades militaires. Leur danse est athlétique, composée d’une succession de piétinements, de demi-tours propulsés par une impulsion du talon et de ronds de jambe les pieds flex : ces figures s’accompagnent de cris rugueux, comme des exhortations guerrières ou des appels de ralliement. Entre deux sauts ils empoignent leur basket et plient le genou, leur talon venant s’accoler à leur fesse.

Ils sursautent les genoux pliés, rebondissent sur la tranche ou la pointe de leur basket, enchaînent sauts et pirouettes : sous ces mouvements en apparence monotones affleurent pourtant des influences très variées, entre art martial, hip hop et danse contemporaine, sans pourtant que les danseurs n’aient jamais le loisir de développer la richesse possible des métissages dans lesquels ils puisent, malgré quelques solos échappés de la horde ou une très brève battle qui se résume à la démonstration des prouesses athlétiques et gymniques.

La chorégraphie est alors réduite à la juxtaposition disparate des structures spatiales les plus élémentaires : lignes, colonnes et cercles s’enchaînent à une cadence effrénée, alors que la musique emplit les basses et vrombit dans la salle. Les effets scéniques monumentaux se succèdent, entrecoupés de nombreux temps d’immobilité, en ligne face à nous ou en groupe compact, les bras croisés et l’air menaçant, comme pour faire monter une tension qui n’éclatera finalement jamais.

La transposition scénique d’une danse urbaine est un pari risqué, que (LA) Horde choisit d’encadrer par une mise en abyme à vocation didactique, où les danseurs s’emparent d’un micro pour se présenter et relater l’origine de leur danse, à grand renfort de vidéos diffusées sur leurs téléphones et retransmises sur un écran blanc tendu au centre de la scène. La caméra qui les capte se promène parmi les danseurs, les filme sans cadrage en gros plans grotesques : une scénographie artisanale sans doute guidée par la volonté de reconstituer sur scène l’atmosphère underground dans laquelle leur danse a émergé. Pourtant, à trop vouloir innover les danseurs se perdent en chemin ; ils disparaissent d’ailleurs brusquement derrière un écran de fumée.

Vu à la Maison des Arts et de la Culture de Créteil. Conception et mise en scène (LA)HORDE – Marine Brutti, Jonathan Debrouwer, Arthur Harel. Composition sonore Aamourocean. Conception lumière Patrick Riou. Assistante lumière Claire Dereeper. Régie générale Claire Dereeper. Costumes Lily Sato. Photo © Laurent Philippe.


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