Le syndrome Ian, Christian Rizzo

Par . Publié le 30/09/2016



Artiste pluridisciplinaire, le chorégraphe Christian Rizzo ne rencontre pas immédiatement la danse contemporaine dans son parcours. Fondateur d’un groupe de rock puis créateur d’une marque de vêtements, il fonde en 1996 l’association Fragile. Il présente des performances, des objets dansants, des solos, des chorégraphies de groupe en alternance avec d’autres projets pour la mode et les arts plastiques. L’artiste cannois collabore aussi avec ses confrères chorégraphes pour certaines de leurs créations sonores ainsi que sur la création de costumes.

En 2013, il crée D’après une histoire vraie. Véritable succès international, ce spectacle marque le début d’un tryptique sur les pratiques de danse anonyme. S’ensuivent Ad noctum en 2015 et Le syndrome Ian en 2016 pour lequel le chorégraphe choisit comme point de départ un souvenir précis et concret : sa première sortie en club à Londres en 1979.

Plongés dans une atmosphère nocturne, les danseurs bougent dans une douce langueur sous les vapeurs de fumées et les lumières tamisées mélangées à des néons aux motifs psychédéliques. Les groupes et les couples se font et se défont au rythme de la musique créée par le groupe Cercueil – avec qui le chorégraphe a déjà collaboré pour sa pièce Ad noctum. Les danseurs se déhanchent et se déplacent géographiquement par une utilisation de l’espace très précise et souvent très concentrée, laissant surgir l’architecture d’un lieu imaginaire. La gestuelle souple et subtile fait entrer en résonance des danses savantes avec celles qui ne le sont pas, faisant furtivement apparaitre la signature corporelle du leader des Joy Divison. Même si l’influence du groupe est toujours présente, un accent particulier est porté sur le plaisir individuel. Le seul plaisir de sentir bouger son corps, de s’abandonner à cette musique pulsative qui se propage jusqu’en dehors de la scène.

De plus en plus cadencée, les interprètes perdent progressivement le contrôle de cette danse. Les corps se retiennent plus qu’ils ne s’entrainent. Ils se viennent en aide, se repoussent puis se cherchent à nouveau. Malgré l’ambiance festive, un côté sombre rattrape cette danse éphémère qui devient presque un combat contre le reste du monde.

Puis une menace vient peser sur ce microcosme à l’apparition d’une sombre créature. Et tel un décompte, les danseurs quittent la scène pour tous réapparaitre sous cette même forme. Une présence supérieure les habite. Même s’ils continuent de former des couples et de retrouver l’engouement naturel de la danse à deux, un rituel sans fin s’installe. Le tapis de danse initialement couleur or s’est transformé en vision de terre battue. Mais cette atmosphère, presque funeste, laisse place à l’espoir avec une danse jouissivement égoïste porteuse d’une liberté : une jeune femme finit seule, dansant pour elle-même, face à un soleil artificiel. Comme si, en un clin d’oeil, on se retrouvait au temps présent. Emplis d’une vibration commune, on repart avec la tête et le corps marqués par des souvenirs et des images impalpables. On contemple encore.

Vu à l’Opéra de Lyon, dans le cadre de la Biennale de la Danse. Chorégraphie Christian Rizzo. Danseurs Miguel Garcia Llorens, Pep Garrigues, Kerem Gelebek, Julie Guibert, Hanna Hedman, Filipe Lourenco, Maya Masse, Antoine Roux Briffaud, Vania Vaneau. Création lumières Caty Olive. Création musicale Pénélope Michel, Nicolas Devos (Cercueil / Puce Moment). Photo Marc Coudrais.


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