Sun, Hofesh Shechter

Par . Publié le 18/11/2015



Il émane du travail de ce chorégraphe engagé une énergie singulière qui lui aura valu jusqu’à présent un succès international. On connaissait de ses précédentes pièces une certaine tribalité, notamment dans Political mother (2010). De cet univers enragé et dramatique, l’impétueuse danse du soleil se distingue par des airs inattendus de commedia dell’arte.

Sun s’apparente à un mystérieux rassemblement qui mêlerait la danse contemporaine, classique, africaine et orientale sous le vernis immaculé de costumes blancs. Les coupes fluides et bouffantes condensent d’ailleurs les codes de ces différents styles qui sont également transposés dans la musique, de Wagner aux folklores. Par un procédé de mise en abîme, le spectateur est lui-même mis en lumière et constate les artifices d’un évènement prétendu grandiose. Le jeune chorégraphe d’origine israélienne nous amène à reconsidérer la forme de la représentation en elle-même, s’amusant du protocole habituel en s’exprimant par une voix off.

Comme son titre le laisse présager, la chorégraphie est empreinte d’une force tellurique, un impact prononcé autour de l’évocation du soleil. Malgré les faux-semblant festifs volontairement mis en scène, le sublime est là. La lumière occupe ici une place importante dans ce spectacle et les procédés sont réussis. On pense notamment au remarquable The Weather project (2003) du plasticien danois Olafur Eliasson, installation dans laquelle le public est irradié par la reconstitution d’une lumière zénithale, ou encore aux peintures atmosphériques de William Turner restituant les sensations lumineuses. L’éclairage en douche baigne la scène dans une belle intensité de jaune idéalement réfléchie par la blancheur des costumes.

Le soleil semble être présenté ici comme une matrice générant l’énergie dionysiaque des quatorze danseurs. La dynamique effrénée génère un tumulte envahissant comme une grande vague, aussi belle qu’effrayante : une puissance collective esthétisée que l’on retrouve d’ailleurs aussi chez le chorégraphe belge Jan Martens. Ici cette force connait cependant des limites et devrait pouvoir être mesurée pour optimiser les effets. Avec une gradation plus mesurée de cette montée en puissance, l’ensemble pourrait peut-être devenir plus efficace. Le déroulement des différents tableaux apporte beaucoup d’éléments hétéroclites qui ont tendance à frustrer un spectateur en attente du noeud de l’intrigue. Avec plus de retenue, l’action sur scène pourrait en être valorisée à des moments-clefs.

La surenchère esthétique reste cependant légitime en tenant compte du fond, la beauté dramatique connue du chorégraphe se teinte étonnament d’un ton plus distancié. Dans nos sociétés contemporaines où le puissant égo brille, Sun nous laisse entrevoir toutes les noirceurs d’un zénith idéalisé.

Vu au Théâtre de Maisonneuve à Montréal. Avec 14 danseurs. Chorégraphie, musique Hofesh Shechter. Décors Merle Hensel. Lumière Lee Curran. Costume Christina Cunningham. Photo de Gabriele Zucca. 


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