On achève bien les anges (élégies), Bartabas

Par . Publié le 20/07/2015



Entre ciel et terre, Bartabas nous invite une fois de plus dans un majestueux onirisme. Après des années passées dans l’ombre au théâtre équestre d’Aubervilliers, il s’incarne de nouveau lui-même dans ces élégies, hommage en clair-obscur rendu à son ami Cabu. Suite aux attentats du Charlie Hebdo, le maitre du cirque équestre a tenu à donner à son art comme à celui de son ami toutes ses lettres de noblesse.

Ici pourtant la grâce l’emporte sur le deuil : chevaux et cavaliers s’unissent dans des tableaux vertigineux, ponctués de touches comiques comme autant de clins d’oeil au dessinateur disparu. Il n’est pas question de drame, mais plutôt d’une noirceur mise en lumière par un humour grinçant. Endossant le rôle d’artiste maudit, Bartabas ouvre le bal d’une grande chevauchée céleste menée par l’acrobatie des anges. Grâce aux effets scéniques spectaculaires et la voix accidentée de Tom Waits, la mort devient une rêverie fascinante qui ne nous laisse pas indifférents. Les figures équestres s’enchaînent avec une précision et une rigueur célébrant l’audace d’un anticonformisme singulier. Contre toute attente, ce sont, par exemple, des anges de couleur qui investissent la fosse, ainsi que d’étranges personnages : boucher-confiseur, dindons, ange nain, cavaliers squelettes. Entre ombre et lumière, nous voilà plongés dans un univers enchanteur peuplé de curiosités.

Avec cette dernière création, Bartabas et le Théâtre équestre Zingaro nous témoignent là encore leurs capacités au renouvellement et à l’ouverture malgré leur caractère de tradition. L’originalité de l’engagement scénique est bien conduite, notamment grâce aux grands moyens techniques déployés pour suppléer l’orchestre ambulant et les cavaliers. Les effets crées ne font que valoriser une discipline déjà noblement maîtrisée et bien exécutée. Tout ceci contribue à une grande richesse artistique qui mériterait peut-être plus de radicalisme dans les parti-pris pour ne pas trop étourdir le spectateur d’effets. Racé, le caractère baroque d’une telle représentation expose par définition un travail scénique foisonnant qui pourrait être néanmoins être modérée et concentrée sur certains temps forts. On attendrait par ailleurs peut-être plus de fluidité dans l’enchainement des différents tableaux pour retenir l’attention du spectateur sur la dramaturgie.

Quoi qu’il en soit, par cette nouvelle création le théâtre Zingaro nous prouve encore aujourd’hui son excellence et l’authenticité de ses valeurs artistiques. Les images porteuses de sens investissent notre imaginaire pour s’ancrer durablement dans nos mémoires. La liberté d’expression étant plus que jamais menacée par le cours de l’actualité, la tournée de ce spectacle n’est pas sans rappeler le rôle de la culture au sein de nos sociétés. Par delà toute question de religion, la foi que l’on accorde à l’art élève nos esprits dans un émerveillement profondément humain où la différence fonde nos richesses.

Vu aux Nuits de Fourvière. Conception, scénographie et mise en scène Bartabas. Assistante à la mise en scène Anne Perron. Direction musicale Jean-Yves Coïc. Création costumes Laurence Bruley. Perruques, maquillages Cécile Kretschmar. Photo de Hugo Marty.

Du 21 août au 9 septembre 2015 au CIRCa, Pôle National des Arts du Cirque à Auch
Á partir du 23 octobre 2015 au Théâtre Zingaro à Aubervillers
Du 26 mars au 24 avril 2016 au Quartz – Scène nationale de Brest
Du 3 au 22 mai 2016 la La Coursive, Scène nationale de La Rochelle


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