Longing, Alexandre Roccoli

Par . Publié le 27/01/2016



S’inspirant de la tarentelle, danse de transe pour guérir les victimes d’une piqûre de tarentule, et l’alliant à une observation minutieuse de l’art du tissage, Alexandre Roccoli emploie le fil de l’araignée et du tisserand comme trame de sa création afin d’établir des connexions. Il crée des liens entre deux traditions et poursuit ainsi sa recherche sur la disparition des gestes et leur récurrence dans certains métiers.

Avec Longing, le chorégraphe, accompagné de Malika Djardi et Benoist Bouvot, nous fait entrer dans les rouages du temps. La conception chorégraphique et sonores, inspirée des gestes du tisserand, fait entrevoir un agencement de liens qui se mêlent et se dispersent. D’une extrême concentration, musique et danse immergent le spectateur dans un étrange rituel fait d’un métissage de traditions.

Une vidéo dévoilant l’univers du tissage et les gestes précis et rigoureux de ses ouvriers, un dispositif scénique quadri-frontale installé autour d’un carré blanc, un musicien derrière ses instrument fabriqués sur-mesure rappelant les métiers à tisser… Nous pénétrons dans l’univers hybride des artistes de Longing, orchestré par Alexandre Roccoli.

À peine cachée, la danseuse se prépare. Elle se vêt d’une longue et ample robe noire et se coiffe d’une couronne ornée de quelques longues tresses blanches. Munie d’un seau, elle sème du sable rouge sur le pourtour de son espace scénique, ses moindres faits et gestes saisissant le regard du spectateur. Elle suit cette délimitation, frottant et battant le sol de ses pieds, faisant valdinguer le sable de par et d’autre de la scène. Dans l’espace, des formes se créent. Carrés, croix, ronds se superposent et s’additionnent dans les déplacements. De ses mouvements, elle tisse des imaginaires, des relations, des croisements. Elle entrelace le passé, le présent et le futur, l’intérieur et l’extérieur.

Les mouvements se répètent, se déploient et se replient. Ils partent comme pour mieux revenir, changeant d’intention au cours de leur exécution. Peu à peu la finesse de cette maîtrise physique laisse place au débordement, à l’enivrement. Au sol, le corps de Malika Djardi se laisse emporter par la musique, par un besoin imminent de liberté, d’extériorisation, d’expulsion. Elle fait entrer son corps dans une légère transe, à la fois douce et brutale absorption de l’être. Des tremblements, des remous traversent son corps, nous mettant face à des sensations qui nous échappent. Comme elle, Benoist Bouvot se laisse happer par l’atmosphère enivrante qu’il déploie de ses doigts, caressant et pinçant les cordes de son métier à tisser musical. Attentif aux moindres mouvements qui se présentent à lui, il suit et partage l’état de transe de la danseuse.

Dans un ultime tour de piste, Malika Djardi présente les objets de son aliénation comme acte de délivrance, nous laissant planer parmi les résonances circulaires de la musique. On aurait souhaité sentir davantage la puissance de ce rituel qui s’amenuise au fil du temps mais la force légère et délicate qui en émane nous poursuit quelques temps encore.

Vu aux Subsistances de Lyon dans le cadre du festival Le Moi de la DanseDirection et conception Alexandre Roccoli. Danse Malika Djardi. Musique et composition Benoist Bouvot. Tissage lumière Simon Krahl. Vidéo Alexandre Roccoli et Simon Krahl. Montage Simon Krahl. Photographie de Romain Etienne.


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