Hu(r)mano, Marco Da Silva

Par . Publié le 23/03/2016



Après avoir travaillé avec plusieurs artistes de renommée mondiale, Marco Da Silva Ferreira fait ses débuts de chorégraphes en 2012 avec son solo Nevoeiro 21. Avec Hu(r)mano, il signe sa sixième pièce, empreinte d’une énergie venant de la terre et non sans rappeler celle d’Hofesh Schechter, chorégraphe israélien, pour qui il a été interprète.

Marco Da Silva Ferreira est en recherche constante de la signification de la danse et de la valeur du mouvement qui résultent d’une forme abstraite, changeante et éphémère et qui produisent intuitivement des univers contemporains. Il met en scène des êtres transhumanisés à travers un fondement simple : l’homme possède un corps à partir duquel il produit de multiples compositions. Afin d’unir une recherche en partage avec ses interprètes, le chorégraphe choisit lui aussi d’habiter l’espace scénique et éblouit par sa présence et sa justesse.

Des vêtements couvrant leur corps, des cols de chemises boutonnés jusqu’au cou, des regards vides d’expression, des mains plaquées sur leurs cuisses,… Telles quatre bêtes féroces et impassibles, les interprètes se toisent du regard, leurs visages imbriqués l’un dans l’autre, compacts.

D’une attitude guindée, ils commencent par habiter l’arrière scène. Leurs baskets glissent sur le sol faisant crisser leurs semelles. Leurs mouvements saccadés et minimalistes les entrainent dans une progression spatiale des plus millimétrée.

Entrer dans le rang ou faire exploser les barrières… Parfois connectés, d’autres fois dispersés, leurs corps et leurs énergies se rencontrent et se repoussent. Continuellement les danseurs sont en prise entre l’individuel et le collectif, entre le « moi humain » et le « nous urbain ».

Peu à peu les membres se délient, la musique s’amplifie, laissant place à une énergie dense et explosive. Les danseurs se déchainent, se livrant à une brutale intensité du geste. La présence de certaines influences urbaines, tel que le popping, accentue les tensions et leur ardeur.

Des situations burlesques et troublantes s’entrecroisent, laissant le spectateur dans un interstice entre rire et gêne. Chacun semble chercher son espace, son emplacement « idéal », à l’intérieur ou à l’extérieur du groupe, donnant une place plus ou moins importante à son individualité. L’énergie explosive et la puissance physique des danseurs devient discours et proclamation.

De multiples relations entre les interprètes se construisent, donnant à voir une « société » miniature. Une société où l’animal (res)surgit de toutes parts. Les transformations de ce quatuor suivent les spectateurs tout au long de la pièce, jusqu’à délaisser la tension pour laisser place aux sourires et aux rires non feints.

Vu aux Subsistances à Lyon. Direction artistique et chorégraphie Marco da Silva Ferreira. Avec Anaísa Lopes, Duarte Valadares, Marco da Silva Ferreira et Vitor Fontes. Direction technique et création lumières Wilma Moutinho, Luís Ribeiro. Musiciens Rui Lima et Sérgio Martins et João Brito. Photo de José Caldeira.


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