Dragging the Bone, Miet Warlop

Par . Publié le 09/03/2015



Si vous demandez à Miet Warlop ce qu’elle fait dans la vie, elle vous répondra probablement qu’elle « essaie d’être libre ». Cette artiste belge anti-conformiste s’amuse à briser les petites cases dans lesquelles on pourrait l’enfermer. A entendre les grands fracas de plâtre contre la scène, c’est bien de cette provocation dont il est question dans Dragging the bone. A l’instar de Mystery magnet qui nous offrait un spectacle haut en couleur, sa dernière représentation nous plonge ici dans les méandres plus obscurs de l’envers du décor. Dans l’intimité de la salle de théâtre, elle met en scène son propre processus de création par une détonnante performance en solo.

En figure hiératique mystique presque chamanique, l’artiste apparait sur scène comme pour nous préparer à un évènement extraordinaire. Mais bientôt cette solennité vole en éclats. L’héroïne émiette l’image sacrée que l’on porte souvent à l’oeuvre d’art, préférant en questionner son mystère par l’humour surréaliste qui la caractérise. Le décor cosmique devient peu à peu un curieux atelier de sculptures allégoriques qu’elle chorégraphie avec des effets d’illusions. Tout se construit et se déconstruit directement sous nos yeux et la magie des métamorphoses opère. Ce chaos loufoque engage aussi son propre corps qui est dupliqué et fragmenté par des moulages en plâtre. Certaines sculptures sont crées directement sous nos yeux et d’autres apparaissent par destruction, emboîtées les unes dans les autres comme des poupées russes. Nous voilà alors impliqués dans d’étranges visions surréalistes. L’espace semble être organisé par une logique inconsciente : comme un paysage mental, chacun reste libre de l’interprétation des symboles.

Entre prestidigitatrice et alchimiste, Miet Warlop captive notre regard par ce work in progress qui investit toute son énergie, à la limite de la transe. Les rythmes électro-rock de Stefaan Van Leuven et Stephen de Waele contribuent à la montée en puissance de la performance qui bascule pourtant dans l’ironie (notamment avec un passage décalé au son de la musique de Dirty-dancing). Bien que rayonnante de tendances actuelles, on comprend rapidement que son auteure « prends l’humour très au sérieux » et s’amuse avant tout de cette image. Le rite créationniste auquel on pouvait s’attendre devient burlesque et cette atmosphère hallucinatoire nous fait prendre conscience des arcanes de la création.

Le résultat est radical, percutant, mais l’intensité des différents enchaînements attire plus ou moins notre attention sans organisation apparente. « J’aime proposer un travail dans lequel les parties visuelles traduisent des choses invisibles, dont le rythme du secret reste dans le filigrane de l’imaginaire », voilà comment répond l’avant-garde au spectacle de cette énigme picturale. On voit avant tout l’artiste s’oeuvrer elle-même dans son univers de représentation. Son jeu est d’une finesse complexe. Elle incarne à elle seule la maitresse du destin dramatique d’un idéal dont le désir ne sera jamais comblé.

Vu au Théâtre Les Ateliers à Lyon. Conception, direction, sculptures et performance : Miet Warlop. Assistée par Barbara Vackier. Musique : Stefaan Van Leuven. Production : Nele Keukelier. Technique : Niels Leven. Regards extérieurs : Danaï Anessiadou, Nicolas Provost. Administrateur : Leen Laconte. Stagiaire costumes : Margré Steensma. Construction décor : Collin Temple, Jeoren Dreezen. Photo de Reinout Hiel.


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