Clan, Herman Diephuis

Par . Publié le 06/06/2016



Six silhouettes se détachent dans la pénombre : Ousseni Dabare, Julien Gallée-Ferré, Mélanie Giffard et Teilo Troncy, quatre visages désormais familiers des pièces d’Herman Diephuis, accompagnés par deux danseuses qui officient pour la première fois avec le chorégraphe : Nina Santes et Betty Tchomanga. Une belle équipe donc, trois filles et trois garçons irradiants qui font groupe, qui font CLAN. Six célibataires, trois couples, deux trouples, autant de possibilités de faire et défaire cette joyeuse bande qui s’apprête à vivre le temps d’une heure le condensé d’une longue soirée effrénée.

À l’instar de ces précédentes pièces, Herman Diephuis continue d’explorer le pouvoir des images issues de notre patrimoine culturel et de notre imaginaire collectif. Avec CLAN, le chorégraphe (é)puise les codes de la danse dite populaire. On devinera des citations à la culture afro américaine avec notamment la fameuse « Soul Train line » ou encore avec la danse de couple Lindy hop. Chacun s’identifiera dans la figure enthousiaste d’un danseur et se remémorera des fiestas grisées en appartement aux nuits enflammées passées sur des pistes de danse de night clubs bondés.

CLAN est aussi un voyage à travers l’Amérique du vingtième siècle, de la Grande Dépression avec ses marathons de danse [on pense évidement au fameux roman de Horace Mc Coy They Shoot Horses, Don’t They? (1935) et au film éponyme de Sydney Pollack (1969)], jusqu’aux années 60 et 70 à travers le prisme de la musique anglo saxonne, principalement le rhythm and blues [la tracklist de CLAN est composée par notamment des hits de Max Roach, Little Francisco Greaves, The Diamonds, Sly and the Family Stone, Roy Buchanan ou encore The Limeliters].

Le plaisir de danser, du coucher au lever du soleil, danser pour danser, danser pour oublier, danser pour la communauté, danser pour se sentir vivant, jusqu’à en perdre haleine. « On danse le plus souvent pour être ensemble. On se met à plusieurs. Les corps s’approchent les uns des autres, vont et viennent sans ordre préétabli mais avec la même obstination dans le tour et le retour. Ils se frôlent, se frottent, se désirent, s’amusent, se déchaînent. C’est une fête. » écrit Didi Huberman¹. CLAN est bel et bien une fête, aussi bien pour les danseurs qui s’épuisent avec fougue dans le plaisir de danser, que pour le spectateur quasi ébahi par cette courte bringue exaltante.

¹ Georges Didi-Huberman, Le danseur des solitudes, Editions de Minuit, 2006, p.9.

Vu au Théâtre de la Commune à Aubervilliers dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis. Conception, chorégraphie Herman Diephuis. Lumière Sylvie Mélis. En collaboration avec et interprété par : Ousseni Dabare, Julien Gallée-Ferré, Mélanie Giffard, Nina Santes, Betty Tchomanga, Teilo Troncy. Photo de Marc Domage.


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