Elementen I – Room, Cindy Van Acker / Ballet de Lorraine

Par . Publié le 12/05/2016



Le Ballet de Lorraine interprétait dans la salle Jean-Pierre Vernant du Nouveau théâtre de Montreuil la première partie du projet « Elementen », Elementen I – Room, de Cindy Van Acker. Celle-ci s’est inspirée des Éléments d’Euclide, traité arithmétique et géométrique du troisième siècle avant JC, ainsi que d’I am sitting in a room d’Alvin Lucier, enregistrement vocal de 1969 qui se sert de l’espace de la pièce pour en moduler la texture.

Des néons blancs sont accrochés à la verticale, en cercle, au centre d’une large scène plongée dans le noir. La voix de Lucier retentie, énonçant le texte une première fois. Une pause puis le reprend. Encore une pause, encore une reprise. La voix est grave, lente, attentive. Les danseurs apparaissent doucement, d’abord comme des formes indistinctes aux mouvements rigides, à l’instar de la diction d’Alvin Lucier. Le texte se répète. Le message de cette voix calme au speech autoréférentiel est compréhensible lors des premières rediffusions, se brouillant progressivement en raison de la résonnance de la pièce dans laquelle enregistre Alvin Lucier, avec deux magnétophones et un système d’amplification. Il devient ensuite incompréhensible, magma sonore métallique, comme un robot parlant utilisant des fréquences spéciales, mélodieuses mais sans contenu informatif. On se souvient du message initial, de ses inflexions, de ses pauses, de ses durées. On identifie certains passages mais l’altération générale en modifie la perception, selon un cycle d’une durée de 45 minutes.

La chorégraphe flamande s’est servie du traité euclidien pour régir le déplacement des danseurs, leurs positions dans l’espace ainsi que le rythme des lumières. Le traité est rapproché de l’œuvre d’Alvin Lucier, sérielle, démonstration d’un phénomène physique. La voix détermine les mouvements des danseurs, qui au départ s’alignent, adoptent plusieurs figures, ont des gestes synchrones, puis avec l’altération du message, se désolidarisent, ont des mouvements plus souples, comme ce magma vocale. Ils restent dans le cadre du tapis de 8×8 dérivé de la spirale d’Ulam, comme Alvin Lucier restait dans sa pièce. Habillés de noir et de blanc dans un style cosplay soft par Kata Tòth, de perruques noirs et blanches au carré qui les rendent similaires, ils se meuvent, à côté, puis sous cette structure de néon à la lumière crue, que vient compléter un éclairage parfois plus chaud, selon un logiciel qui fait varier son intensité selon les son, par Luc Gendroz.

Le traité d’Euclide et l’œuvre acoustique de Lucier sont jointes par la danse. Cindy Van Acker et le Ballet de Lorraine mettent des gestes froids, fondés sur les axiomes, postulats et définitions du traité euclidien et sur ces altérations environnementales enregistrées par Lucier. La voix s’impose et l’on se demande ce que celle d’Euclide apporte ici, excepté pour effectuer un parallèle dansé entre les fondements de la géométrie et des mathématiques et une expérience physique présentée comme une œuvre d’art. Il reste donc à voir, Elementen II et Elementen III prévus dans les prochains mois avec, respectivement, la Compagnie Greffe et le Ballet du Grand Théâtre de Genève.

Vu dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques. Chorégraphie, Cindy Van Acker. Lumière Luc Gendroz. Costumes Katalina Tòth. Avec les danseurs du Ballet de Lorraine. Photo Arno Paul.


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