69 positions, Mette Ingvartsen

Par . Publié le 13/04/2016



La danseuse et chorégraphe danoise Mette Ingvartsen signe avec 69 positions (2014) le premier volet d’un cycle sur la sexualité intitulé The Red Pieces. Un savoureux mélange entre nu et vêtu, exposant et exposé, cours magistral et performance, spectateurs et acteurs. 

Le public est prié d’enlever sac et manteau à l’entrée puis d’attendre dans le couloir adjacent à la salle de spectacle. Nous voici alors accueillis sur scène un à un par Mette Ingvartsen elle même. Nous entrons sur le ring ! Une structure rectangulaire composée de barres métalliques, sur laquelle sont accrochés télés, livres et photos, entour le spectateur, architecture semblable aux quatre murs d’un probable musée. Mais contrairement à l’accoutumée, ce n’est pas le danseur qui s’exporte dans le musée mais le musée qui s’exporte sur la scène : lieu privilégié du danseur.

Composée en trois parties, telle une dissertation, cette exposition interroge la nudité dans le domaine public et Mette Ingvartsen se propose d’être notre guide. Avec elle, les frontières sont floutées, à commencer par son statut de danseuse. Ce n’est pas parce qu’elle est danseuse qu’elle ne peut se faire professeure d’histoire de l’art, et pour autant, ce n’est pas parce qu’elle nous apporte un savoir qu’elle ne peut se faire danseuse. C’est donc tout naturellement, à partir de ce statut flouté, qu’elle va à la fois expliquer, décrire et performer.

C’est avec les années 60 que la visite commence. Habillée, elle décrit et danse des extraits de pièces qui utilisent la nudité comme arme de revendication tels Meat Joy de Carolee Shneemann ou Dinysus in 69 de Richard Schechner. La force de ses descriptions est d’inclure le public car la notion de spectateur n’est pas en reste, petit à petit cette notion, elle aussi va s’effriter. Le spectateur est sollicité physiquement et mentalement. Physiquement, car il n’est pas confortablement installé dans son fauteuil dans la pénombre des gradins, mais déambule à ses cotés aux grès de ce qu’elle nous montre. Certains spectateurs se font également acteurs lorsqu’elle les inclus directement dans la performance, notamment en demandant à quatre personnes de faire une chorale d’orgasme ou de créer avec elle une « sculpture sexuelle ». Et Mentalement, car durant sa description, elle utilise des indicateurs spatiaux tels que  « juste là » , « dans ce coin là » et l’on se surprend à regarder alors que nous savons pertinemment qu’il n’y a rien.

La « barrière » nue et vêtue, elle aussi, va être mise à mal. C’est habillée que Mette Ingvartsen commence le spectacle, mais passé les quinze premières minutes, elle se dévêt parmi les spectateurs et poursuit la visite telle une naturiste au milieu de « textiles ». Finalement, vêtue ou nue, rien ne change à son discours, à son humour, au sérieux de ses propos… Car l’enjeu principal n’est pas, comme le laisse imaginer le titre de la pièce, l’excitation, mais de montrer à quel point le sexe est une construction sociale, et peut importe l’accoutrement… Alors, nu ou vêtu, du pareil au même ?

Vu au Théâtre auditorium de Poitiers, dans le cadre du festival à corps. Conception, chorégraphie et performance Mette Ingavartsen. Création lumière Nadja Räikkä. Scénographie : Virginie Mira. Création sonore Peter Lenaerts. Musique Will Guthrie. Dramaturgie Borjana Cvejic. Photo de Fernanda Tafner. 


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