Xavier Le Roy, Temporary Title, 2015

Par . Publié le 18/09/2016



Apres l’exposition Work/Travail/Arbeid de la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker l’hiver dernier, le Centre Pompidou poursuit sa politique d’ouverture au spectacle vivant dans ses espaces muséaux en invitant le chorégraphe Xavier Le Roy à présenter sa dernière création Temporary Title, 2015.

De la black box au white cube

Avec ce nouveau projet immersif conçu spécialement pour les espaces d’exposition, Xavier Le Roy continue ses allers-retours entre théâtre et musée et prolonge ses recherches chorégraphiques aux travers de nouveaux cadres de monstration et de temporalité. Présentée en continue pendant le temps d’ouverture du musée, sa précédente « exposition » intitulée Rétrospective réunissait des danseuses et danseurs qui traversaient différents matériaux chorégraphiques basés sur plusieurs solos antérieurs de l’artiste. Le projet Temporary Title, 2015 développe quant à lui des matériaux abordés dans Low Pieces, spectacle qui a acquis depuis ses présentations cahoteuses au Festival d’Avignon en 2011 l’aura d’une pièce culte.

Une moquette noire recouvre toute la surface d’exposition. Assis sur le sol, contre les murs et les baies vitrées (opaques pour l’occasion), les visiteurs dessinent un périmètre autour d’un groupe de danseurs allongés entièrement nus au sol. L’horizon y est étonnamment bas et les silhouettes, en contre jour, deviennent selon le point de vue, des sculptures vivantes. Ils traversent ensemble une succession d’actions et d’états de corps : ils s’entrelacent, dessinent des amas rocheux, des bras et des jambes se tendent vers le ciel et vacillent comme des herbes sous la force du vent. Des mouvements répétitifs, saccadés, quasi mécaniques, laissent entrevoir quand à eux de possibles corps robotiques. Une dernière figure – animale – viendra alors boucler le cycle des métamorphoses : les danseurs avancent à quatre pattes, arpentent l’espace comme des félins en attente, se roulent sur le dos et se lovent les un contre les autres. Certains se détachent alors de la meute, errent seuls avant de capter le regard d’un spectateur et de lui poser la question : « Hello, my name is … Can I ask you a question ? ». Selon la réponse de chacun, une conversation s’engagera ou non avec le perfomeur.

Dialogue à nu

À l’instar de la pièce d’origine Low Pieces qui débutait (en pleine lumière) et se terminait (dans le noir complet) avec une discussion avec le public, Temporary Title, 2015 continue, à travers le dialogue, d’explorer les frontières sociales entre visiteurs/danseurs. Assis par terre, nu, offert aux regards et sans pudeur, chaque danseur et danseuse anime de petits conciliabules plus ou moins long avec un spectateur. On y parle d’apprentissage, de sentiments amoureux, de healing process, du temps qui passe, de voyage… autant de sujets qui ont pour points communs la notion d’évolution et de transformation. Si se confier à un inconnu peut sembler déstabilisant de prime abord, ces rencontres éphémères autour de sujets plus ou moins personnels et existentielles sont étonnement engageante et stimulante.

Quand les barrières tombent, s’échappent parfois de ces récits et de ces témoignages des instants suspendus où « l’autre » devient un alter ego éphémère. Temporary Title, 2015 est un bel objet contemplatif dont on ressort serein et qui, à défaut d’être aussi radical et percutant que Low Pieces, crée d’étonnants espaces de proximité rarement ressentis dans un musée ou au théâtre.

Vu au Centre Pompidou dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. Conception, Xavier Le Roy. Collaboration artistique, Scarlet Yu. Photo © Peter Greig.


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